La Guerre Israélo-Palestinienne 2.0

Une guerre déclarée par tweets, ça existe. Pour en comprendre l’origine, il faut remonter au 14 novembre dernier. Ce jour là, à Gaza, une attaque israélienne tue Ahmed al-Jaabari, chef militaire du Hamas, parti islamiste palestinien, farouche opposant à l’état d’Israël. Mais la provocation ne s’arrête pas là, quelques heures plus tard le compte twitter du ministère de la défense Israélienne poste une note, pour le moins menaçante : « Nous recommandons aux combattants du Hamas, peu importe leur rang, de ne pas se montrer ces prochains jours ».

Tweet, auquel la branche armée du Hamas répondra, sur le même ton : « Nos mains bénies atteindront vos leaders et soldats partout où ils se trouveront (Vous avez ouvert les portes de l’enfer tout seuls) ».

Suite à cet échange, des combats armés éclatent accompagnés de nombreux tirs de roquettes entre les deux pays, qui inquiéteront la scène internationale. La Secrétaire d’Etat américaine Hilary Clinton et le président égyptien Mohamed Morsi ont notamment fait pression sur les deux partis pour parvenir à un cessez-le-feu.

8 jours plus tard, tout semblait s’être relativement apaisé, mais c’était sans compter sur l’annonce de l’Assemblée Générale de l’ONU qui accorde le droit à la Palestine d’être “un Etat non-membre avec un statut d’observateur”. Israël s’indigne mais ne peut rien faire, cependant, l’Etat décide en représailles de perpétrer une action provocatrice : la construction de 3000 logements en Cisjordanie, zone sensible qui couperait la Palestine en deux.

Pour mieux comprendre l’origine, les grandes lignes et les enjeux de ce conflit, nous avons posé quelques questions à M. Pichon, ancien élève de SciencesPo Paris, docteur en histoire contemporaine, spécialiste du Proche-Orient et de la Syrie, mais surtout professeur d’histoire à Grandchamp.

 


 

L’Agora: Comment est né le conflit israélo-palestinien ?

 

« A vrai dire le problème est ancien mais se pose véritablement après 1945. Les grandes Puissances et notamment la Grande-Bretagne ne peuvent empêcher l’immigration massive en Palestine des Juifs d’Europe rescapés de la Shoah . En 1947, sous l’égide de l’ONU est élaboré un plan de partage entre Juifs et Arabes, qui est refusé par ces derniers. Mais le conflit à proprement parler vient de la proclamation unilatérale de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 par David Ben Gourion.

Les Arabes de Palestine ainsi que les pays arabes voisins ne l’acceptent pas : la première guerre israélo-arabe débute alors et se traduira notamment par l’expulsion massive de près de 500 000 Palestiniens. Pour les Arabes, c’est la « nakba », la catastrophe. Pour les Juifs qui soutiennent le projet sioniste, c’est la concrétisation de l’idée d’un retour du peuple juif sur la terre de ses ancêtres, « Eretz Israel ».

Il ne faut pourtant pas surestimer les aspects religieux dans ce conflit. Le projet sioniste d’un Etat Juif en Palestine est inspiré du nationalisme européen du XIXe siècle et même fortement coloré de socialisme ! A tel point que certains juifs ultra-religieux sont antisionistes… Quant à l’islam, il est instrumentalisé comme force révolutionnaire depuis les années 1980 seulement : longtemps le combat des Palestiniens fut inspiré des idéaux révolutionnaires et nationalistes arabes.

 Crédits : http://www.economist.com/news/middle-east-and-africa/21567973-binyamin-netanyahu-israels-rambunctious-leader-seems-determined-ever

L’Agora: La Palestine vient d’obtenir le statut d’état observateur à l’ONU, quels droits cela lui confère-t-il ? Dans quelle mesure la Palestine est-elle devenue un Etat ?

 

La Palestine ne jouit pratiquement d’aucun droit sur le plan international tout simplement parce qu’elle n’est pas un Etat ! Les accords d’Oslo en 1993 ont permis la reconnaissance dune Autorité Palestinienne par Israël et la plupart des Etats de la planète. Cette Autorité Palestinienne, présidée par Mahmoud Abbas siège à Ramallah en Cisjordanie, dispose de pouvoir de police, perçoit des taxes mais ne peut empêcher que l’Etat d’Israël ne suspende ces pouvoirs quand la situation l’impose. Ni empêcher la présence de colonies d’implantation à l’intérieur de son territoire. D’autre part, cette Autorité n’est pas reconnue par le Hamas, organisation islamiste qui a pris le pouvoir en 2007 dans la bande de Gaza et qui a expulsé tous les représentants de l’Autorité Palestinienne.

Le statut d’observateur est bien évidemment un (petit) pas de plus sur la voie d’une reconnaissance de la Palestine comme Etat, mais les vrais obstacles à cette reconnaissance ne sont pas levés : la question du statut de Jérusalem-Est, les colonies en Cisjordanie, l’accès aux ressources en eau. Au XXIIe siècle peut-être?

L’Agora: Qui sont les alliés de la Palestine ? Ceux d’Israël ?

Théoriquement, ce sont les pays arabes voisins qui sont les alliés de la Palestine. Mais leur incapacité à agir depuis un demi siècle et la brutalité dont ils ont fait preuve à l’égard de leurs propres réfugiés palestiniens a convaincu les Palestiniens qu’ils devaient prendre leur destin en main tout seuls. Les raisons de cette défection sont diverses : d’abord l’écrasante supériorité militaire d’Israël qui a fait de la plupart des guerres israélo-arabes des défaites cuisantes pour les Arabes.

Ensuite, l’indéfectible soutien dont jouit Israël de la part des Etats-Unis, dont les dirigeants, pétris d’images bibliques, se sont toujours reconnus dans cette petite nation de pionniers. L’Egypte en 1978, puis la Jordanie en 1994 ont signé la paix avec Israël. Quant à la Syrie, elle a longtemps constitué le meilleur ennemi d’Israël : pas un incident militaire depuis 1974 ! Seul le Liban avec la création en 1982 du Djihad islamique, bras armé du Hezbollah et soutenu par l’Iran chiite semble menacer réellement la sécurité d’Israël.

La question palestinienne n’est plus de nos jours qu’une question de prestige dans la lutte pour le leadership que se livrent les Etats de la région, aux premiers rangs desquels le Qatar, l’Iran, l’Arabie Saoudite et l’Egypte.

La question de savoir si l’Union Européenne est un allié de la Palestine est délicate. En effet, il n’existe pas à proprement parler de diplomatie européenne, ni de volonté d’intervenir avec les armes de la puissance dans cette région de la part de l’Europe. Certes, l’UE s’est dotée d’un Haut Représentant pour les Affaires Etrangères, la très charismatique Catherine Ashton, mais ses gaffes répétées sur la question ont achevé de nous décrédibiliser : à vrai dire, l’UE est surtout et uniquement un bailleur de fonds, le premier au monde, quifinance à hauteur de 250 millions d’Euros par an l’Autorité Palestinienne et plus en cas de reconstruction (comme après l’opération Plomb durci de décembre 2009.) L’UE conserve par ailleurs de bonnes relations avec Israël.

 

L’Agora:Comment a évolué le soutien des Etats-Unis à Israel ces dernières années?

Pour ce qui est des États-Unis, il est possible que sur le long terme, le soutien à Israël s’érode quelque peu. D’abord parce que sociologiquement, la population américaine est en train de changer et que les références très « bibliques » qui fondent le soutien à Israël risquent de ne plus être autant parlantes pour une Amérique devenue plus colorée et moins protestante. Enfin, parce que les changements intervenus dans la région, que l’on a nommé un peu hâtivement « printemps » arabes, ont vu partout la victoire des islamistes liés aux frères Musulmans : les États-Unis ne peuvent les ignorer et ont déjà commencé à leur tendre la main. Il risquent donc d’exiger davantage de concessions de la part d’Israël. »

 


Les élections législatives israéliennes, prévues le 22 janvier, peuvent changer la donne. La droite – quasi extrême – au pouvoir, doit faire face à une gauche disparate mais qui tend à se regrouper : deux groupes de centre gauche et un travailliste.

La droite se caractérise par une position catégorique vis-à-vis de la Palestine : leurs buts avoués sont d’empêcher la création d’un Etat Palestinien, d’annexer la Cisjordanie, d’où l’affaire des 3000 logements. Inévitablement, une de leurs revendications est d’interdire tout retrait des juifs déjà présents dans cette région.

Face à cette droite dure, une gauche qui a du mal à s’entendre a peu de chance de renverser la majorité, détenue par la droite depuis 1977. Une solution possible, autre que la paix proposée par le parti travailliste, serait d’accepter les frontières définies après la guerre d’indépendance de 1967.

Un compromis pourrait être trouvé :  plus d’avancées vers l’Est pour les Israéliens mais aucun droit de retour pour les Palestinien vers l’Ouest. Quoi qu’il en soit, Israel défie encore le monde, et les deux partis ne sont probablement pas près d’arriver à un accord.

Hugues de Maupeou

Marion Russell

 

NB: N’oubliez pas les sites officiels des deux armées !

– Israël: http://tsahal.fr/

– Palestine: http://www.qassam.ps/

Sources :

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