Une fusillade ordinaire

A Newtown l’émotion reste grande. Les habitants de cette petite ville tranquille du Connecticut pleurent leurs morts. Le 14 décembre dernier, Adam Lanza, jeune homme de 20 ans s’est introduit dans l’école primaire de la ville armé d’un fusil, tuant 26 personnes dont 20 enfants avant de se donner la mort. Cette tragédie rappelle au pays de sombres souvenirs, en 20 ans, le pays a connu près de 18 évènements similaires : un triste record.

Mais au delà du fait divers tragique, ce drame soulève une vraie question de société : celle du contrôle du port d’armes aux Etats-Unis…

Une situation connue et persistante

Le président Obama, soutenu par une pétition signée par plus de 160 000 personnes, a promis des mesures mais le pays reste très conservateur et particulièrement attaché à ce qu’ils considèrent comme un droit inaliénable, comparable, dans la législation américaine à des droits fondamentaux de la démocratie comme la liberté d’expression, de religion, de réunion ou encore de la presse. Le 2ème amendement de la Constitution, qui autorise le port d’armesest donc un pilier de la société et de la politique américaine.

Pourtant, si aujourd’hui quasiment tout le monde peut acquérir une arme, du simple revolver au fusil d’assaut, cela n’a pas toujours été le cas. En effet, l’ancien président Bill Clinton s’était lui même fait porte parole de ce que l’on appelle le « gun control »*, faisant amender la Constitution pour interdire la vente de fusils d’assaut aux particuliers dès 1994 ou, soutenu par la députée Dianne Feinstein et l’opinion publique, en préconisant la vérification de l’identité et des antécédents des acheteurs d’armes, loi Brady.
Malheureusement, ces mesures restrictives seront vite annulées par le président Bush, connu pour sa politique ultra sécuritaire, surtout suite aux attentats du 11 septembre 2001. Ces modifications législatives ont parfois eu un effet contraire à celui escompté. En effet, en 10 ans, plus de 6 fusillades aux conséquences tragiques ont eu lieu sur le sol américain.

Durant l’année 2012 les tueries d’Aurora, et plus récemment de Newtown ont plus que jamais relancé le débat sensible du port d’arme.

Une question qui divise

Alors pourquoi, après une année 2012 particulièrement violente, Barack Obama n’a-t-il pas réagi plus tôt ?

Si, étant dans son second et donc dernier mandat, le président américain ne risque pas grand chose sur le plan politique, il sait que les États-Unis restent un état extrêmement attaché aux traditions. Une interdiction totale du port d’armes sans permis serait donc prendre un énorme risque car la question divise la population : les pro-armes, majoritairement Républicains, et les opposants, souvent démocrates.

C’est également sans compter sur le lobby exercé par les organisations pro-armes, proche du Tea Party et de son conservatisme à outrance, tels que la NRA (National Rifle association). L’organisation, qui a gagné plus d’un million d’adhérents depuis le début des années 2000 (sur un total de plus de 3.5 millions de personnes) sait convaincre, à la fois, les américains, attachés au port d’arme, mais également les politiques grâce à l’argument économique. En effet, le marché des armes reste très lucratif et a connu une augmentation de 400% en 10 ans rien que sur le territoire américain. Il ne faut pas oublier que les États-Unis restent un très gros producteur d’armes à feu et que le marché intérieur y est florissant.

Alors, l’émotion passée, le poids de ces organisations risquent de bloquer une fois de plus le processus législatif visant à contrôler les commerces d’armes. La NRA, afin de dédouaner le principe du port d’armes de toute responsabilité, n’a d’ailleurs pas hésiter a blâmer les jeux vidéos violents et est même aller jusqu’à proposer la mise en place de policiers armés dans toutes les écoles primaires du pays pour lutter contre ces attaques meurtrières. Ces déclarations n’ont eu comme conséquences que de diviser, encore un peu plus, le pays.

On estime aujourd’hui à plus de 310 millions, le nombre d’armes à feu sur le territoire américain. Soit plus d’une par personne. Si certains invoquent un moyen de défense indispensable, d’autres avancent, qu’en permettant de se faire justice soi même, le droit au port d’armes réduit la sécurité collective. Il faudrait donc plusieurs années pour désarmer l’ensemble du pays. Malgré cela, Dianne Feinstein, soutenue par plusieurs députés, continue son combat : elle a déjà soumis au Congrès, un nouveau texte… interdisant les armes d’assaut. Une loi semblable à celle qu’elle avait déjà soutenu il y a près de 20 ans…

Maud Ployaert
Marion Russell

*gun control: contrôle des armes

Sources :

http://www.ouest-france.fr/actu/international_detail_-USA.-La-tuerie-n-ebranle-pas-le-lobby-pro-armes-_3637-2145228_actu.Htm

http://www.lepoint.fr/monde/porter-une-arme-c-est-etre-americain-23-07-2012-1488360_24.php

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnaly

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