The Bomb

The Time-bomb at the Heart of Europe

Le 17 novembre 2012,  The Economist nous traitait de « Bombe à retardement au sein de l’Europe ». S’il y a eu des réponses (MEDEF, gouvernement), toutes dénonçaient l’attitude provocatrice et inutile du journal anglais sans expliquer le pourquoi du comment. Ce à quoi je m’essaie.

Le journal qui a critiqué la France n’est pas n’importe quel hebdomadaire: c’estThe Economist. Journal anglais fondé en 1843, il se caractérise par un fort engagement dans l’idéologie libérale néoclassique, qui va de pair avec la bonne réputation de leurs articles sur l’économie et les relations internationales.

Autre chose, ils détestent la France, nous sommes leur tête de turc. « La France dans le déni », représentant Nicolas Sarkozy et Francois Hollande papotant dans une prairie, une femme nue à leurs cotés, a fait un beau tohu-bohu pendant la campagne présidentielle.

La France dans le déni

Mais pourquoi comparer la France à des baguettes de pain au bord de l’explosion ?

En dehors de l’inimitié centenaire entre les « Rosbifs » et les « Frogs », une vraie question de société et d’économie se pose.

Ah, ces Anglais…

Évidemment, vous avez tous compris même sans lire l’article, que le premier but était de provoquer. La provocation est comme une tradition chez The Economist, notamment pour inverser la tendance. Mais cette fois, certains arguments vont vraiment trop loin. Revenons sur quelques exemples.

Tout d’abord, l’article dit que la France aurait perdu le leadership de la crise bien avant l’arrivée de François Hollande à la présidence de la République. Mais où est passée l’implication de Nicolas Sarkozy dans les G8 européens ?

Ensuite, voilà un argument des plus importants et des plus faux : « La France a profité de l’euro: elle emprunte à des taux bas et a pu éviter les ennuis des pays de la zone Méditerranée ». L’Euro a pour but d’encourager les investissements par des taux bas. Pourquoi le lui reprocher ? De plus, cela sert à la croissance et à l’amélioration de la compétitivité. l’Angleterre emprunte aussi à des taux relativement bas.

Plus loin, l’article évoque le manque de réformes européennes et françaises. Cette critique semble tout à fait décalée.  En effet, la Grande-Bretagne n’est pas dans l’Union Européenne et n’est donc pas restreinte par certaines de ses directives. Les Britanniques sont donc en marge de l’Euro mais cela ne les empêche pas d’en profiter eux aussi. Rappelons que Margaret Thatcher, la « Dame de fer », a négocié en 1984 un rabais sur ses cotisations à l’UE. En clair, on rend à l’Angleterre une partie de ce qu’elle donne à l’UE. Mais ce n’est pas tout ce qu’elle gagne. Londres profite aussi de l’Euro. La capitale britannique est devenue le centre financier de l’Europe et la  City concentre la plus grande partie des transactions européennes.

London, The City (The Guardian)

…Qui peuvent avoir raison !

Néanmoins, il est juste de remarquer que certains arguments de The Economist mettent en perspective des aspects de l’économie française qui nécessitent une amélioration. Prenons le cas du marché du travail. Le journal anglais le définit comme étant trop réglementé et ne permettant pas la création de nouvelles entreprises.

Dans un contexte de mondialisation, la France doit modifier son marché du travail qui fonctionne mal. Le taux de chômage longue durée est plus élevé que dans les pays plus « flexibles »  (4% pour la France contre 2,8% pour l’Allemagne) et seulement 20% des jeunes souhaitent devenir entrepreneur (contre 73% fonctionnaires). Notre pays doit donc s’adapter et faire des réformes. En parlant de réformes, voilà l’autre argument de The Economist: nous ne faisons aucune réforme et si oui, elles sont mauvaises. Il faut nuancer cette affirmation.

La France doit réformer son système de prélèvement obligatoire, le deuxième plus haut d’Europe. Il accable les entreprises avec leurs cotisations sociales, ce qui fait augmenter le coût salarial et font s’exiler certains possesseurs de capitaux (vous ne voyez pas de qui je parle ?). En plus de son système fiscal, l’Etat Français doit aussi changer sa protection sociale. Celle-ci demande une compétitivité que la lourdeur des cotisations sociales sur le travail ne permet pas. Ce manque flagrant de compétitivité ou d’attractivité est une des faiblesses de la France sur laquelle le Rapport Gallois se fonde. La France a perdu 2 places en attractivité dans le rang mondial, et ceci est notamment dû au manque de R&D qui ne permet pas l’innovation.

Mais nous avons tout de même fait des réformes. Réforme de la retraite, plan d’austérité relative ce trimestre, souhait de réformer la fiscalité, rapport Gallois… Nous ne restons pas immobiles mais quand même, nous manquons de réformes structurelles comme nos voisins l’Allemagne et l’Angleterre. Cette dernière a par exemple supprimé 500 000 fonctionnaires pour alléger ses dépenses d’Etat.

Des bombes des deux cotés

The Royal London Hospital (BBC)

Maintenant, c’est à l’Angleterre d’avoir une bombe qui peut menacer son économie et l’Europe. Elle n’investit jamais dans ses services publiques ! Les réseaux de transports et les hôpitaux sont dans un état désastreux. Mais plus grave encore, en conséquence de cette fragilité sociale, l’augmentation des inégalités fait peur. Les récentes émeutes et le taux de chômage des jeunes : 20% pour les 16-24 ans, démontrent la nécessité pour eux aussi de faire des réformes. Autre aspect plus économique, les récentes discussions européennes sur le passage de Francfort en tant que première ville économique européenne au détriment de Londres a fait sauter au plafond toute la City.

En somme, comme le proverbe le dit : « Avant de regarder la paille dans l’oeil du voisin, regarde la poutre qui est dans le tien ». The Economist ne devrait pas se permette de critiquer si violemment la France avant de regarder d’abord ses propres bombes. Sa campagne anti-euro peut être à terme dangereuse, étant donné que l’Angleterre repose sur l’UE. Néanmoins, il est honnête de remarquer que ces critiques ont l’avantage de nous présenter un autre point de vue sur la situation française et nous permettent de prendre du recul vis-à-vis des réformes à faire.

Hugues de Maupeou

A lire aussi: Vers un divorce Anglo-européen

Sources:

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&ref_id=Chomagelong
http://www.economist.com/news/leaders/21566640-why-france-could-become-biggest-danger-europes-single-currency-time-bomb-heart
http://www.atlantico.fr/decryptage/20-pourcentage-jeunes-francais-qui-veulent-devenir-entrepreneurs-happy-hour-timetosignoff-501359.html
http://www.weka.fr/actualite/rh-publiques-thematique_7849/la-fonction-publique-attire-3-jeunes-sur-4-article_71572/

Pour aller plus loin:

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/11/27/allemagne-la-baisse-du-chomage-masque-une-plus-grande-precarite_1445537_3234.html
http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/10/05/etienne-wasmer-accepter-la-destruction-demplois-si-le-salarie-est-accompagne

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