Bill de Blasio, un démocrate à New York

Le démocrate Bill de Blasio a été élu, le 5 novembre dernier, 109ème maire de New York, loin devant son adversaire républicain John Lhota avec plus de 73% des voix. Il succède ainsi à Michael Bloomberg, ancien maire de la ville, et devient le premier démocrate à diriger « Big Apple » depuis 1993 après une campagne centrée sur sa famille et portée par un programme très à gauche, une exception aux États-Unis.

Un candidat atypique face à de nouvelles attentes

Bill de Blasio n’a pourtant pas une expérience politique à faire pâlir de jalousie ses concurrents : conseiller municipal lambda du quartier de Brooklyn, il était loin d’être le favori pour postuler à la mairie de New York ! Pourtant, un à un, ses adversaires démocrates sont tous tombés, lui laissant ainsi la voie libre. Axant son programme sur la défense des “petites gens”, Bill de Blasio a su orienter sa campagne en surfant sur l’évolution qu’a connu New York ses dernières années, notamment sur le plan démographique. Plus jeune, plus diversifiée, mais aussi plus clivée, la population de New York compte aujourd’hui 46% de sa population en dessous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté. Une population pauvre qui cohabite avec les bobos de certaines zones de Brooklyn et les traders de Manhattan et aux revendications sociales très différentes de celles de l’époque Bloomberg.

De nouvelles attentes donc, mais aussi une nouvelle manière de faire campagne. Bill de Blasio n’a pas hésité à faire tourner son fils dans l’une de ses vidéos pour la campagne électorale. Une campagne qualifiée de “raciste” par Bloomberg qui accuse le démocrate de trop mettre en avant l’origine caribéenne de sa femme pour récolter les voix de la communauté afro-américaine. Les propos du fils du nouveau maire, Dante de Blasio, 15 ans, qui promettait une rupture avec les années Bloomberg et “la fin de la politique d’arrestation et de fouille au corps qui cible les gens de couleur “ si son père était élu n’ont rien arrangé. Si Bloomberg n’est pas d’accord avec cette vision, il est pourtant fort à parier que nombre d’Américains se sont retrouvés dans l’image véhiculée par Bill de Blasio et sa famille : un couple mixte, son épouse, Chirlane, militante de la cause homosexuelle, et deux enfants, qui n’hésitent pas à dire ce qu’ils pensent. Le candidat démocrate a d’ailleurs rencontré une large victoire électorale auprès de toutes les catégories de population :  Blancs, Noirs, Hispaniques, jeunes, vieux, hétérosexuels et homosexuels.

Jeune et révolutionnaire : les origines de son engagement politique

Issu d’une famille ni vraiment pauvre ni réellement riche, Bill de Blasio est né à Manhattan sous le nom de Warren Wilhelm Junior, pourtant, très tôt, tout le monde l’appelle Bill.Warren Wilhelm est en fait le nom de son père, ancien combattant au Japon durant la Seconde Guerre Mondiale, qui finira, après des années de déchéance par se suicider alors que Bill n’a que 18 ans. A sa sortie de New York University, en 1983, celui qui porte encore le nom de son père n’a qu’une hâte : se débarrasser de ce patronyme dans lequel il ne se reconnaît pas. Il choisit donc d’emprunter le nom de jeune fille de sa mère, d’origine italienne : “De Blasio” et, en 2001, son état civil est définitivement changé pour « Bill de Blasio ». S’il ne conserve pas son nom, il hérite de son père et de son éducation un anticonformisme et un idéalisme viscéraux.

Révolutionnaire dans l’âme, il dit avoir découvert la politique à 12 ans, lors de l’affaire du Watergate. Admirateur de Malcolm X, il fait de sa biographie son livre de chevet. A 20 ans, il s’investit déjà dans différentes organisations pacifistes, antinucléaires ou antiapartheid. Passionné par les pays latino-américains, comme son père l’était de la politique soviétique à son époque, il part en opération humanitaire au Nicaragua à l’âge de 26 ans alors que le pays est en pleine guerre sandiniste. Il embrasse alors la cause révolutionnaire et tente, à son retour, de lever des fonds pour les sandinistes.  S’il est un homme engagé, il attendra les années 1980 pour faire son entrée sur la scène politique en tant que volontaire dans l’équipe de campagne de David Dinkins, candidat démocrate élu à la mairie de New-York en 1989. C’est là qu’il rencontre sa femme, Chirlane. Il lui fait la cour, elle lui avoue son homosexualité. Mais, à force d’obstination, il finit par l’épouser en 1994. Pour leur lune de miel, il ne s’encombre pas des lois et part à Cuba, pourtant sujet à un embargo américain.

Cette jeunesse particulière a, bien entendu, servi ses adversaires et, pourtant, durant toute la campagne, les nombreuses critiques dont il a fait l’objet n’ont pas même semblél’effleurer ni même fragiliser sa popularité. Même lorsque qu’il déclare supporter l’équipe des Red Sox de Boston au baseball, les New-Yorkais ne lui en tiennent pas rigueur. Les électeurs ont préféré retenir ses formules chocs, ses promesses d’améliorations sociales généreuses : plus de logements sociaux, des impôts augmentés pour les plus riches, plus d’écoles maternelles… Un vrai programme de gauche, le terme “socialiste” s’apparentant à une insulte aux États-Unis. Il déclare lui-même : « Je suis un homme de gauche qui croit en l’intervention de l’Etat. Appelez ça comme vous voulez ».

Cependant, son discours semble s’être asssoupli à l’approche des élections, sûrement afin de convaincre les électeurs moins radicaux et effrayés par son côté très réformiste. En mettant ainsi de l’eau dans son vin, Bill de Blasio s’est assuré de séduire de nouveaux électeurs. Il y a quelques jours,  lorsqu’on lui demandait de définir sa politique, il répondait : « Une dose de Franklin Roosevelt –, le New Deal–, une dose de social-démocratie européenne et une dose de théologie de la libération. Voilà comment je vois le monde. ». Une définition un peu différente de celle qu’il donnait précédemment…

Alors, Bill de Blasio se postera-t-il réellement comme un défenseur des “petites gens” ? Tiendra-t-il ses promesses ? Ou l’assouplissement dont il a fait preuve pour être élu n’était-il qu’un prémice à une politique édulcorée, éloignée de ses engagements initiaux ? Sur les 8.3 millions de New-Yorkais plus de 73% lui ont fait confiance. Réponses dans quatre ans.

Marion Russell

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