décembre 11

Les dessous de la télé-réalité

La télé-réalité envahit nos écrans depuis les années 1970 et nous avons tous déjà regardé des candidats se disputer dans leur cage dorée. Si si tous ! C’est pourquoi nous avons interrogé ceux à qui profite ce business obscur. Nous avons appelé les créateurs des Chtis, des Anges et de l’Ile de la Vérité. Nos questions ont été axées sur le choix des candidats, le sens (s’il en est) de la télé-réalité et son influence. Entretiens en immersion dans un monde à part…

Répondant à nos questions sur le casting, les membres de la production nous expliquent que le jury recherche “des personnalités atypiques” avant d’ajouter qu’ ”il ne faut pas forcément être beau pour participer”. En effet, certains directeurs de casting disent même choisir un candidat “vieux” chaque année pour diversifier les participants. Les nombreuses personnes qui se présentent aux castings (entre 800 et 1000 pour les Anges par exemple) ont tout de même toutes un point commun, “l’ambition”, déclare un membre de la production.

 

Puis viennent nos questions plus épineuses : des comédiens sont-ils admis dans le casting ? Les émissions sont-elles scénarisées ? Tout de suite, nos interlocuteurs sont sur la défensive, c’est en effet, ce qu’on leur reproche le plus souvent : une illusion de réel créée de toutes pièces par les organisateurs. Mais tous sont unanimes : non, non, non, pas de comédiens et personne ne scénarise les émissions. Quand on creuse un peu, ils nuancent leurs propos : ils acceptent des candidats rêvant de devenir acteurs. Pour la scénarisation ? “On n’appelle pas ça comme cela, les émissions sont produites, organisées”, c’est donc la boîte de production qui imagine les activités, les équipes et les défis, modelant par là l’ambiance du groupe.

 

Quand on demande ce qui fait monter l’audience, la réponse est cash : ce qui intéresse les gens c’est “l’action” et “toutes les interactions entre les candidats”. La prod ne s’en prive pas au montage !

 

Mais finalement , les téléspectateurs ne regarderaient-ils pas ces émissions uniquement pour se moquer des candidats et revaloriser leur égo en se comparant à eux ? Juliette Castel, assistante de production de La Grosse Equipe (producteurs des Anges) nous explique qu’on trouve deux types de spectateurs : entre 12 et 18 ans, ils admirent les candidats et les prennent pour modèles, tandis qu’après 20 ans, la tendance serait davantage à la moquerie.

Mais alors pourquoi vouloir être candidat dans ces émissions ? On nous répond que le principal appât est le tremplin que fournissent ces émissions dans le monde hermétique du cinéma et de la mode, voir Nabilla proclamée muse de Jean-Paul Gaultier.

Malgré notre insistance pour connaître quelques valeurs chiffrées concernant le salaire des candidats, le chiffre d’affaire de la boîte de production ou le prix des émissions, le secret est gardé et on nous envoie paître gentiment.

 

Mais moralement, quel est le résultat de ces programmes ? La télé-réalité a-t-elle une fonction autre que le divertissement ? L’influence de ces émissions sur les téléspectateurs est-elle positive ?

 

Nous en étions convaincus, mais les démiurges de ces émissions s’accordent aussi sur ce point : la télé-réalité n’a qu’un but, qui est le divertissement de ceux qui la regardent. “Ah bah c’est sûr que ça n’est pas fait pour se cultiver !” ironise l’un d’eux…au moins c’est clair.

Vient ensuite une question plus gênante, celle de l’influence de la télé-réalité sur les spectateurs. Juliette Castel est d’avis que, certes, une influence néfaste existe, notamment sur les très jeunes spectateurs qui imitent ensuite les candidats, mais il y aurait aussi une influence positive comme celle qu’exercent les Anges.  Les candidats y montent leurs projets et les défendent avec persévérance et ambition.

Quand on leur rétorque qu’ils sont aussi responsables de cette influence néfaste, et qu’on leur demande ce qu’ils font pour empêcher cela, nos interlocuteurs se déchargent tout de suite de cette responsabilité, arguant du fait que d’une part “ils ne sont pas les parents” et que, d’autre part, ils ne choisissent pas les heures de diffusion des émissions…ils renvoient donc la balle aux chaînes télévisées qui émettent leurs programmes.

 

Paula de Wailly

 

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