décembre 11

Sociologie et téléréalité

Concrètement, il n’arrive jamais que des personnalités comme celles des émissions de télé-réalité se retrouvent dans un milieu clos durant plusieurs semaines avec, de surcroît, des défis à relever. Une étude sociologique de la télé-réalité, c’est donc mission impossible, parce que le propre d’une étude sociologique, c’est de travailler sur un sujet qui n’a pas conscience de sa situation. Or, dans ces émissions, le sujet est constamment entouré : caméras, maquilleurs, producteurs, conseillers en communication…

  • Les participants des émissions de télé-réalité sont-ils réellement des gens ordinaires ou ont-ils un profil psychologique et social particulier?

Le casting est véritablement varié. Les producteurs ne cherchent pas le même type de candidat car ils ne joueront pas tous le même rôle au sein de l’émission. Secret story cherche des candidats qui suscitent la curiosité, c’est indéniable… Ce sont des profils atypiques,  excentriques, manipulateurs et même manipulables. C’est en tout cas l’image qu’ils reflètent. Même s’ils ne sont pas des acteurs, ces gens jouent un rôle, leur personnalité est exacerbée.

Les candidats prêts à en faire trop devant les caméras sont en effet les plus prisés des sociétés de production. «Bien sûr, on va toujours chercher des profils atypiques à mettre en avant», explique un responsable de casting pour des émissions de grandes chaînes.

“Pour Un dîner presque parfait, au début c’était le niveau de cuisine qui nous intéressait. Mais plus les audiences s’érodent, plus on nous demande des stéréotypes… La blonde, le mec qui a une grande gueule : on rentre de plus en plus dans des clichés”.

  • Quels sont les risques liés à la participation d’une émission comme Secret Story, par  exemple, pour une personne fragile ?

Souvent, les candidats sont victimes d’une vraie désillusion. Lorsqu’ils sortent, ils doivent réapprendre à faire la différence entre l’amitié et la relation intéressée, entre la notoriété et l’anonymat. Ils peuvent retourner à leur vie d’antan, mais la plupart d’entre eux préfèrent la médiatisation. Cependant, rares sont ceux qui désirent un retour à la «vie réelle» : si certains acceptent de redevenir anonymes, d’autres essayent par tous les moyens de revenir sur le petit écran. Mais comme ils n’ont généralement aucune formation professionnelle dans la chanson ou dans le cinéma, leur succès est éphémère.

  • Les  émissions les plus malsaines sont-elles les plus regardées ?

La télé-réalité a réussi à s’installer dans un contexte polémique : le Loft a fait l’objet de nombreuses critiques qui, depuis, ont été dépassées. On se dirige désormais vers une télé-réalité protéiforme, plus humaine, moins trash, associée à de plus en plus de programmes humanitaires. L’échec de Carré ViiiP sur TF1 en est le reflet : cette émission, peut-être la dernière de sa génération, était l’exemple parfait de la notoriété fondée sur rien, ce que les téléspectateurs tolèrent de moins en moins.

En fait, la télé-réalité c’est l’émergence d’anonymes starisés, le culte du banal, des objets du quotidien mis sur le devant de la scène. Au cours du XXe siècle, le banal s’est imposé comme une évidence.

Marie-Abeille DE MAUPEOU D’ABLEIGES et Alice D’HALLUIN

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