De Magellan à Baumgartner : des générations d’aventuriers

Est-il possible à l’homme de s’arrêter dans sa quête d’absolu?

La tour Eiffel fut la plus haute du Monde pendant un peu plus de 40 ans, il fallu seulement 3 ans à François Gabart pour battre de six jours le record du Vendée Globe et le sprinter Maurice Green  mis 9, 79 secondes en 1999 pour dépasser les limites physiologiques humaines décrites par les scientifiques des années 70.

Tous ces exploits sont, dans leur genre, le fruit d’un archétype bien particulier : l’aventurier. Si l’on recherche dans le dictionnaire la définition de l’aventure, que trouvons-nous? Une entreprise comportant des difficultés, une grande part d’inconnu, parfois même des aspects extraordinaires. S’il est clair que Marco Polo ou Christophe Colomb dans leurs fantastiques périples ont réuni ces trois critères, qu’en est-il des aventuriers modernes?

Je me pencherai tout d’abord sur la notion de l’inconnu. A l’heure du GPS, des moyens de communication et de transports avancés, il paraît difficile de partir à la conquête de terres ignorées. Même les astronautes se lancent dans des dimensions largement et scrupuleusement étudiées bien que peu visitées par l’homme. En second lieu, l’aspect fantastique de l’aventure a été radicalement modifié. Si nous n’avons plus peur de monstres marins qui, à une autre époque, auraient pullulé dans les océans, c’est que nous savons qu’ils n’existent pas. Ainsi, jusqu’à une époque récente, pour découvrir le Monde, il fallait partir en voyage. Ce n’est plus le cas. Avec des satellites, des télescopes de plus en plus perfectionnés, nous sommes capables de scruter ciel et terre. Il pourrait donc paraître légitime de reconnaître un plus grand mérite aux aventuriers qui les premiers sont partis à la conquête de la Terre.

Je voudrais à ce propos, rappeler l’histoire d’un homme, peut-être un peu fou ou visionnaire, qui s’est lancé dans une fabuleuse épopée simplement afin de réaliser un rêve, accomplir un exploit. Cet homme, Ferdinand de Magellan, est représentatif de l’aventurier ultime. Il avait en effet tout d’un grand homme. Il était extrêmement déterminé, courageux, patient, autoritaire même si renfermé sur lui-même et avait eu la chance d’être né dans la petite noblesse portugaise. Le XVIe siècle, qui marque le début de la renaissance en Europe, signe aussi le départ d’une course à la découverte. Les terres nouvelles devenaient d’avantageuses expansions économiques et politiques des métropoles. Comme la recherche le serait à notre époque, les découvertes au temps de ce Portugais étaient décisives pour s’affirmer en tant que puissance. Au bout d’interminables efforts pour acquérir un soutien financier auprès de la cour, ce qui représentait déjà en soi une aventure, Ferdinand de Magellan put enfin quitter Séville aux commandes de cinq navires arborant le drapeau espagnol. A l’image de Christophe Colomb qui n’a jamais perdu de vue son objectif, chacun des hommes de l’équipage de Magellan se dévouait corps et âme dans le seul but d’atteindre les Indes et par extension de trouver un passage traversant l’Amérique. Il faillit d’ailleurs renoncer à cette tâche difficile. Cet équipage partait donc, pour un temps indéterminé, par une route inconnue vers des terres où aucun Européen n’avait jamais mis les pieds. L’inconnu prenait une telle part dans cette aventure, qu’il rejoignait à la fois le rêve et le hasard. Par conséquent, ce qui demandait un courage énorme, c’était le caractère imprévisible de la route. Au départ, les cales regorgeaient de toutes sortes d’outils pour parer à des situations complètement aléatoires. Des vivres pour trois ans et pour près de 250 hommes stockées dans caisses et tonneaux.

La traversée de l’Atlantique ne dura que 11 semaines, mais déjà Magellan avait dû faire face à des insubordinations répétées de certains des autres capitaines de bâtiment. Il a d’ailleurs fait mettre aux fers « le fonctionnaire suprême du roi » Juan de Cartagena. Le continent américain n’avait pas encore subi une arrivée massive des occidentaux,  les marins ont pu profiter, à leur arrivée, de la baie de Rio de Janeiro, déserte et magnifique. Un grand aventurier se caractérise par sa capacité à lutter contre l’adversité. Parfois avec fermeté, parfois avec inventivité, il ne manque pas de ressources. Magellan devait faire régner l’ordre parmi un équipage qui commençait à se décourager, au fur et à mesure qu’il longeait la côte d’Amérique, de ne pas trouver de passage vers l’Ouest. Il eut d’ailleurs à affronter une mutinerie de grande ampleur sur les côtes argentines puis il fut contraint de passer à l’abordage d’un de ses propres vaisseaux. Mais sa scrupuleuse détermination à découvrir « la voie », le mena jusqu’au fameux détroit qui portera son nom en 1920. Jusqu’à sa mort en 1521 sur une des îles des actuelles Philippines, après une traversée traumatisante de l’Océan Pacifique, il laissa son empreinte sur plusieurs sols qui n’avaient jamais encore été foulés par l’homme blanc.

Pourquoi pouvons-nous donc classer Ferdinand de Magellan parmi les plus grands aventuriers de tous les temps? Évidemment à cause de sa détermination sans limite, sa capacité à surmonter les épreuves et l’inconnu, son sang froid. Mais qu’est ce qui fait de lui un grand homme ? Au delà de ses qualités d’explorateur, sa personnalité atypique restera à jamais gravée dans l’histoire. De ce fait, au même titre que Christophe Colomb, Magellan sera toujours associé à l’image que nous nous faisons du capitaine aventurier.

Mais y a-t-il des Magellan modernes ? Ce qui est sûr, c’est que la catégorie des explorateurs en quête de terres inconnues, de nouveaux horizons s’est relativement banalisée. En effet, un homme tout à fait ordinaire peut  dans la même semaine  passer le lundi et le mardi en Espagne, les trois jours suivants en visite au Japon et le week-end sur une plage du Pacifique. De nos jours, nous n’avons plus du tout la même notion ni du temps ni des distances qu’il y a trois siècles.

De plus, les aventuriers d’antan ont certainement laissé leur place à ceux que nous appelons les scientifiques qui, quand ils font de la terre leur laboratoire, poussés par le furieux désir de savoir, équivalent largement en audace et en péripéties les plus grands des explorateurs. Ce sont effectivement eux qui, aujourd’hui, sondent le Monde, terres, mers et ciel. Mais les scientifiques ne sont pas souvent des hommes d’action. Même si d’une certaine manière ils cherchent à surmonter l’inconnu, c’est le fait qu’ils adoptent un comportement analytique, très méthodique, jamais sûrs d’eux avant d’avoir vérifié et revérifié leurs résultats, qui pour la majorité les déclasse de la catégorie des aventuriers.

Mais oserions-nous dire que les aventuriers sont une espèce éteinte ? Ces pur-sang ne suscitent-ils plus aucun  intérêt ? Évidemment, si nous assimilons l‘aventurier à l’explorateur, la réponse à ces questions serait certainement “oui”.  Or, en me penchant objectivement sur le sujet, j’en ai conclu qu’au contraire, nous vivrions peut être dans un Monde plus que jamais aventurier. L’exemple qui m’a frappé le premier est celui de Niels Armstrong. Il me semble qu’excepté les moyens de transports, la durée du voyage , cette entreprise fabuleuse ressemble en tous points à celle de Magellan. Le lancement d’Apollo 11 a sûrement été aussi long et minutieux que l’affrètement des quatre navires du Portugais, le voyage tout aussi dangereux et largement à la merci d’impondérables, les distances aussi incroyables, les membres des vaisseaux spatiaux ou marins aussi professionnels et courageux, les zones découvertes aussi inconnues. Pourtant, il serait difficile de soutenir que les hommes comme Niels Armstrong courent les rues. Pourquoi alors un Monde plus que jamais aventurier ?

Comme les espèces au cour du temps, le condottiere a muté. Du conquistador au service de sa patrie, il s’est transformé en décrocheur de records, de sensations. Par exemple, le premier homme à avoir traversé l’atlantique et Felix Baumgartner sont également des aventuriers qui comme tous les autres ont risqué leur vie pour concrétiser de véritables prouesses. Bien qu’ individuelles au début, elles sont devenus historiquement et scientifiquement marquantes par la suite. C’est cette dimension individuelle qui rend l’aventure accessible à tous. Bien-sûr, le phénomène n’est pas nouveau, mais la forte médiatisation des exploits permet à ces gens ordinaires de passer au stade reconnu d’aventurier voire même de héros. Un aventurier ignoré n’est plus vraiment un aventurier.

Alors pourquoi ne pas tenter de devenir soi même aventurier ? Filmez avec votre go pro vos exploits les plus incroyables, postez les sur YouTube et pour finir, portez vous candidat à l’émission télévision “Un incroyable talent”.  Quoi de plus facile ?

Magellan de Stefan Sweig

Pour comprendre la soudaine obsession des pays européens à partir à l’aventure et à la conquête du globe, il est nécessaire d’observer d’une part l’essor du marché des épices et d’autre part la suite d’avancées scientifiques ainsi que des moyens de transport maritimes.

    Les romains, lorsqu’ils envahirent la partie Est de la Méditerranée, furent les premiers en occident à goûter au raffinement et à la diversité des épices. Dans les siècles qui suivirent, l’on ne connaissait qu’une nourriture très rustique et lorsque l’on en avait les moyens, l’on avait comme seul plaisir que la gloutonnerie. Les aliments étaient fades les goûts monotones. Peu à peu, le commerce s’étend avec d’autres cultures et très vite l’on ne peut plus se passer de condiments exotiques. Gingembre, clous de girofle, piments et autres.

Mais elles que nous trouvons sur nos tables à chaque repas avaient au XVème siècle une valeur inestimable. Leur prix était d’ailleurs si stable qu’elles pouvaient remplacer la monnaie. La ville de Venise a notamment fait fortune dans le commerce des épices dont elle avait le monopole en Europe. Il s’y tenait des ventes aux enchères, puis les sacs parfumés s’éparpillaient dans toute l’Europe. Il n’est que, si le commerce avec le monde arabe profitait à la ville des doges, les autres nations européennes la regardaient d’un œil jaloux.

Les prix gigantesques des épices étaient dus à plusieurs facteurs. Tout d’abords, à l’incroyable distance qu’elles devaient parcourir en suivant les côtes d’Asie puis en traversant le désert et la méditerranée. De plus, la route se montrait particulièrement périlleuse: les bateaux faisaient naufrage et de même que pour les lentes caravanes, les pirates guettaient ces richesses abondantes. Enfin, les denrées passaient par une multitude d’agents qui, du calife du Caire au petit commerçant ajoutaient à la vente un bénéfice personnel.

  • Contexte :

    • XVème siècle

    • le monde musulman ferme la porte de la voie terrestre des épices et prélèvent de lourdes taxes sur les cargaisons

    • les épices ont une valeur inestimable

    • elles avaient une stabilité de prix telle qu’elles étaient directement utilisées pour certains échanges

    • la route des épices était extrêmement longue et périlleuse, beaucoup de navires coulaient, les bateaux ou les caravanes étaient à la merci de pirates sanguinaires et avides

    • le fait qu’elles soient aussi chère est entre autres du aux nombreux intervenants dans le trafic. Les épices passent par une multitude de mains.

    • mais elles restent une source de revenus pour chaque maillon à cause de la demande certaine des pays occidentaux.

  • le monde musulman ferme la porte de la voie terrestre des épices et prélèvent de lourdes taxes sur les cargaisons

  • les épices ont une valeur inestimable

  • elles avaient une stabilité de prix telle qu’elles étaient directement utilisées pour certains échanges

  • la route des épices était extrêmement longue et périlleuse, beaucoup de navires coulaient, les bateaux ou les caravanes étaient à la merci de pirates sanguinaires et avides

  • le fait qu’elles soient aussi chère est entre autres du aux nombreux intervenants dans le trafic. Les épices passent par une multitude de mains.

  • mais elles restent une source de revenus pour chaque maillon à cause de la demande certaine des pays occidentaux.

Jean de Miramon

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