« Ma vie c’est du Zola »

David, est un ancien chef d’entreprise de 42 ans. Sa boite a coulée, sa femme et sa  famille le trouvaient violent et dangereux, maintenant il est à la rue. Sans abri depuis 3 mois. Il a un fils autiste de 18 ans et un autre fils de 15 ans; il a aussi élevé le garçon de sa femme. Pour s’en sortir, David envisage de faire une “pré cure et une cure” pour arrêter la drogue et l’alcool. Entretien.

“J’ai eu une enfance de merde ! Moi aussi ma vie c’est du Zola… J’ai jamais vu mes parents heureux, mon père violait ma sœur et c’est moi qui l’empêchais d’entrer dans sa chambre. Ils auraient pu me filer le plus beau jouet de la terre ça ne m’intéressait pas. Quand j’étais gosse, ce que je voulais le plus au monde c’était voir mes parents heureux.

Mon oncle m’a violé quand j’avais 11 ans et aujourd’hui encore ça me détruit. Je l’ai découvert mort dans son appartement après 4 jours, personne ne le savais. J’te jure quand je suis sorti de l’appart j’en ai pleuré, je pourrais même pas t’expliquer ce que j’ai ressenti à ce moment là. Aujourd’hui je vais tout faire pour m’en sortir, je suis prêt à tout pour y arriver. Dans un mois je commence une cure de désyntoxe, après ça, plus jamais une seule goutte d’alcool. Puis je prendrai un peu de temps pour moi et enfin je me trouverai un boulot.

“Axelle : Que faisiez-vous avant ?

David : J’ai fait une formation de chauffeur-plombier, j’ai bossé avec mon père sur le chantiers et j’me débrouillais mieux que lui, y’avait toujours une sorte de compétition entre nous. J’ai été chef de chantiers, faut pas croire si on est à la rue c’est qu’il y a des raisons, on bossait avant. Mais avec l’alcool j’ai déconné.

Axelle : Quel est l’élément déclencheur qui vous a mené à être sans abris ?

David : J’ai eu deux enfants avec ma première femme, un de 18 ans et de un de 15 ans. Je suis resté cinq ans avec ma seconde femme. Elle m’a trompé plusieurs fois, on continuait à se voir. Une femme qui couche avec un autre homme, elle a pas d’honneur. Elle a adopté un enfant éthiopien. Il est doué et pourtant il a pas eu une vie facile non plus. Il étudie le droit.

Mab : Avez-vous gardé contact avec des proches ?

David : Avec ma sœur on a pas de bons rapports, elle travaille dans la justice, un soir on s’est engueulé et ça a dégénéré. J’ai pris 1 mois ferme. Maintenant on se parle plus. J’ai perdu mon travail, mes proches disent que je suis violent. Ma femme m’a quitté je ne peux plus aller chez moi, elle ne veut plus me voir.

Axelle : Où dors tu ? (Il nous demande de le tutoyer)

David : On est soit rue Royale, soit près de la cathédrale ou alors à Chantiers, en ce moment c’est là-bas qu’on dort. On arrive dans le quartier Saint Louis vers 10h. Mais là on s’est fait éjectés de la rue Royale donc on est souvent près de la cathédrale. La journée j’ai divers rendez-vous. J’ai trouvé un foyer j’y reste une semaine, et dimanche on se barre définitivement. On remet plus jamais les pieds ici !  Nos assistantes sociales n’ont pas voulu qu’on soit dans la même cure. Mais on continuera à se voir quand même.

Mab : Est-ce qu’on a des projets quand on est à la rue ?

David : J’ai vu mon assistante sociale il y a pas longtemps, je vais bientôt ouvrir un livret A, j’envisage de faire une cure pour arrêter la drogue et l’alcool.

Axelle : T’es tu fait beaucoup d’amis depuis que tu es à la rue ?

David : Oui, on est tout le temps ensemble et forcément ça crée des liens. Avec Seb, c’est sur qu’on se reverra, que ce soit pour la banque ou l’assistante sociale, il vient toujours avec moi. Il pourrait rester au chaud mais il reste quand même dehors à se les geler, même la nuit.

Mab : As-tu des relations amoureuses ?

David : Avec ma femme c’est fini, je l’ai eu au téléphone on a parlé  vingt minutes ça m’a fait du bien. Mais maintenant on passe à autre chose, pour l’instant je m’occupe de moi.

Mab : As-tu déjà tenté de faire des trucs illégaux ?

Ils m’ont interpellé huit fois pour différentes raisons : braquages, vols, insultes à agent… Sinon, il y a cette histoire de je vous ai parlé plus haut avec ma sœur.

A dimanche ma grande.”

Nous sommes arrivées trop tard et nous ne les avons pas vu, c’est frustrant parce que c’était vraiment important pour nous de leur dire au revoir. Et peut-être aussi pour eux. Ça ne faisait que cinq semaines qu’on se connaissait mais nous avions l’impression que ça faisait des mois. Maintenant on se dit qu’ils sont biens là où ils sont. Mieux en tout cas. Parler à ces personnes nous a fait découvrir un monde parallèle qui est juste en face de nous et qu’on ne prend jamais le temps de regarder. Passer du temps avec eux n’a pas changé leurs vies mais ça nous a tellement apporté humainement.

David

DE KERMADEC Axelle & DE MAUPEOU Marie-Abeille

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