LÂCHEZ LES FAUVES ≠

Vous avez sûrement déjà entendu parler de Fauve, ces jeunes qui vendent des disques en lâchant vulgairement ce qu’ils ont sur le cœur. Vous reconnaissez facilement leur logo et leur style musical. Mais que savez-vous exactement d’eux?

Depuis deux ans, ils connaissent une ascension fulgurante. Depuis deux ans, ils restent discrets. Depuis deux ans, ils expriment leurs émotions, interrogations, rage, désespoir, mal-être en spoken word.

Ils ? FAUVE ≠ !

Attention pas un groupe mais “un collectif ouvert, un CORP” comme ils se présentent sur le site officiel, c’est à dire une regroupement de personnes partageant les mêmes idéaux. Ces cinq jeunes de 27 ans ont tout gardé de leur adolescence. Ils se sont révélés lors du Printemps de Bourges, sillonnent aujourd’hui les salles de concert des villes françaises et se produisent à l’étranger (Montréal, Bruxelles), jouant partout à guichets fermés.

Quelque soit l’interview, les membres de Fauve ne donnent pas leurs noms, ne se laissent pas prendre en photo, ils souhaitent rester discrets et ne rien dévoiler de leur identité. Quand la question du pourquoi se pose, la réponse n’est pas compliquée : ce n’est juste pas leur truc de se montrer. Les photos les mettent mal à l’aise, un peu comme quand ton oncle te photographie lors d’une fête de famille ! Dans leur musique, ils disent déjà tout ce qu’ils ont sur le cœur, donc pas besoin de se montrer devant la caméra. Les textes parlent d’eux mêmes. Selon eux, il s’agirait d’une question de pudeur pour des textes qui s’avèrent impudiques. Ils refusent que les gens associent leurs visages aux paroles.

      

Dans la lignée de Justice ou The xx, le collectif Fauve a imposé une signature, un point de ralliement, un symbole. Le collectif cherchait d’ailleurs un sigle pour les représenter. Ils ont pris l’initial de Fauve et l’ont stylisé. Le résultat est un truc à base de = et de /. Contrairement à ce que l’on pense, ce logo ≠ ne signifie pas pour eux le sceau de la différence ni “inégalable” ou “différent” comme en mathématiques, mais sert justement à exprimer leur unité: “on est une infinité de points”. Facile à tracer, chacun peut se l’approprier : une façon de dire que nous avons tous une personnalité différente au sein du groupe mais aussi en dehors et à travers le monde.

 

Fauve – INFIRMIERE

Quand on l’écoute pour la première fois, on entend une mélodie douce, des instruments simples, des notes qui se répètent : une ambiance indie-rock. On entend aussi des mots, parlés, les uns après les autres, comme une expulsion de ce qu’ils ont sur le coeur. Cette forme d’expression, le spoken word, s’est présentée à eux comme une nécessité pour se défouler. Dans leur musique, ils s’expriment sans peur, sans crainte, sans honte, leurs sentiments prennent le dessus sur la mélodie. Leurs textes sonnent comme une conversation d’un homme à son confident. On a l’impression de lire un journal intime.

 

Fauve – BLIZZARD

«Ce qu’on fait, ce n’est ni du Rimbaud, ni du Baudelaire. Il faut se calmer et arrêter de s’exciter en bien ou en mal.» De la prose en quantité, les rimes inexistantes, un vocabulaire courant voire vulgaire ou familier, on a l’impression que chaque texte est une gifle pour se réveiller, une révolte à la naïveté post-ado. Les mots sont crus, les phrases sont brutes, les paroles sont fortes, parfois sombres. Les membres ne font qu’exprimer leurs sentiments ressentis, émotions et interrogations. Ils dévoilent tout ce qu’ils ont caché pendant de nombreuses années, ce qu’ils ont enfermé dans leur coeur et retenu dans leur tête. Fauve leur servait uniquement à encaisser ce qu’ils subissaient dans le quotidien pendant des années. Ils ont créé Fauve pour aller mieux et rester debout. Et puis le truc à pris de l’ampleur.

En effet, c’est un projet que les membres du groupe qualifient de thérapie, avant tout pour eux parce que ça leur plaît. C’est parfait parce que ça nous plaît aussi ! Un phénomène interprété de différentes manières : c’est radical, utopiste, spontané, désordonné, instinctif, contemplatif, furieux, joyeux, noir… Fauve est désespérément optimiste et cherche à apporter son soutien à ceux qui en ont besoin, comme ils en font part dans BLIZZARD “qu’on soit des milliards de mains sur des milliards d’épaules”.


Rose-Anne Gaide & Marguerite Pluvinet

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