Le diktat de la beauté au 21ème siècle

Qu’est ce qu’on appelle “le diktat de la beauté” ?

Le mot “diktat” signifie “clause imposée par la force”. Le diktat de la beauté, ce sont toutes les normes esthétiques qui sont imposées aux hommes et aux femmes de nos jours. Nous les connaissons bien : ventre plat, ligne filiforme, teint halé et grosse poitrine pour mesdames, grande taille et muscles pour messieurs. Or le diktat de la beauté va plus loin que de simples phénomènes de mode. Intériorisées par les hommes et les femmes, ces normes de beauté font aujourd’hui des ravages dans un monde du paraître.

 

L’image des femmes dans l’industrie du cinéma et de la publicité

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C’est dans le domaine du cinéma que la discrimination physique paraît la plus flagrante. Les héroïnes occupent déjà rarement le devant de la scène (elles ne représentent que 30% des protagonistes avec du texte) mais, de plus, quand elles passent enfin à l’écran c’est souvent avec des conditions particulières. En effet, une étude qui se concentre sur la place des femmes dans l’industrie du cinéma en recensant les 5 dernières années démontre qu’environ 29% des actrices portent des vêtements dits “sexy” contre 7% des acteurs. Ci-dessus : Angélina Jolie dans Mr and Mrs Smith, où elle joue un rôle d’action.

D’autres statistiques vous sont révélées sur ce site qui résume bien et de façon visuelle (vive les chercheurs américains !) les résultats de cette étude.

La publicité utilise aussi abusivement le corps de la femme pour mettre en valeur les produits. Mais elle va plus loin en dégradant souvent l’image de la femme, suggérant des violences faites à celles-ci ou la plaçant dans des postures de soumission, banalisant ces crimes.

Il y a aussi ces mannequins qui vivent constamment avec nous puisque nous visionnons environ 200 publicités par jour et qui ne sont pas représentatifs de l’homme ou de la femme “normal(e)”. Du côté des femmes, les mannequins pesaient 8% de moins que la femme moyenne il y a 20 ans, mais de nos jours ce pourcentage s’élève jusqu’à 23% de moins ! Il faut cependant saluer plusieurs actions luttant contre cette tendance qui pousse à l’anorexie : la Real Beauty Campaign de Dove ou la publicité pleine d’humour d’eram.

pub eram homme - aucun corps de femme n'a été exploité pour cette publicité 

Mais pourquoi est-ce qu’on parle de tout ça ? Pourquoi est-ce qu’une lycéenne choisit d’écrire un article sur ce thème ? Parce qu’il est temps de prendre le sujet au sérieux, de se rendre compte des risques qu’engendrent cette obsession de la minceur, de la beauté, de la jeunesse et de se rendre compte que la nouvelle génération à venir DOIT faire une énième révolution féministe pour gagner le droit de paraître comme elle est. Nous allons donc nous pencher sur les principaux risques de ces normes omniprésentes de la beauté.

 

Les risques pour notre santé physique et morale

Campagne publicitaire choc, sensibilisation publique

Les risques pour notre santé physique et morale sont là et alarmants. Les hôpitaux sont incrédules devant l’accroissement de leur service d’anorexie (trouble du comportement alimentaire). En France, on compterait environ 50 000 cas d’anorexie à l’heure actuelle.

Mais ce phénomène ne vient pas de nulle part, sa source principale est évidemment les modèles de beauté qu’on impose aux petites filles et aux petits garçons dès leur plus jeune âge. Le meilleur exemple de cette omniprésence de modèles démesurés, c’est la poupée Barbie. En effet, ses mensurations seraient, à taille humaine 96-46-86, une figure non réalisable, même par chirurgie esthétique, car il n’y aurait pas de place pour les intestins ! C’est ce danger d’anorexie qu’essaye de contrer la nouvelle campagne de sensibilisation de la ville de New York City qui s’adresse aux filles de 7 à 12 ans. On a pu voir ces affiches “I’m a girl… I’m beautiful the way I am” partout dans la ville, afin de faire réaliser aux fillettes que la beauté est diverse et surtout liée à la confiance en soi.

I'm a Girl I'm a Girl I'm a Girl

Ci-dessus: “Je suis une fille. Je suis sympathique, intelligente, curieuse, courageuse, en bonne santé, sincère, travailleuse, unique et créative. Je suis belle comme je suis.”

Une vidéo courte et efficace qui résume l’ampleur de la pression sociale sur les enfants quand il s’agit de beauté, cliquez ici.

 

La Discrimination sur le marché du travail

Mais la discrimination entre beaux et “non-beaux” (toujours selon des critères très subjectifs) va même plus loin et se retrouve sur le marché du travail ! Là où l’homme se vend lui-même comme une marchandise qui a décroché plus ou moins de diplômes, l’apparence physique compte aussi beaucoup,  comme le montre Daniel Hamermesh, enseignant à l’université du Texas, dans son ouvrage Beauty Pays : Why Attractive People Are More Successful. Il y expose ses conclusions : un homme beau gagne environ 17% de plus qu’un homme laid, et une femme laide gagne environ 13% de moins qu’une belle femme. Ces observations sont reprises par le chercheur Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations, dans son livre Beauté, amour et gloire. Il insiste sur le fait qu’il faut être beau pour réussir puisque  l’impact que nous avons sur quelqu’un dépend à 55 % de notre langage corporel, à 38 % de notre voix et seulement à 7 % de ce que nous disons.

Une norme universelle de la beauté, malgré une diversité de plus en plus encouragée

Fashion Week's Models Are Getting Whiter fashion-week-mannequins-noires-660

L’omniprésence de stéréotypes de beauté, principalement féminins, ont aussi pour conséquence la création d’une norme universelle : de type occidental, les yeux de couleur, mince, à forte poitrine, la “femme parfaite” est connue et admirée par delà les frontières. Comme il est dommage de renier les autres types de beauté, de formes ou de couleur de peau ! Nous prendrons pour exemple le boom de la chirurgie esthétique en Chine. Les opérations qui consistent à débrider les yeux et rallonger le nez représentent 60% des opérations esthétiques perpétrées par les hôpitaux de Shanghaï ! Liu Wang, une ancienne vendeuse qui sort du bloc opératoire suite à une de ces opérations témoigne : “J’ai été licenciée car je ne faisais pas assez de chiffre. Mon employeur m’a signifié que si j’avais été plus jolie j’aurais mieux su convaincre les clients d’acheter du matériel. C’est la nouvelle loi du marché, ici : il faut être belle. Je n’ai donc pas le choix. J’ai hâte de postuler avec mon nouveau visage, d’autant que j’ai aussi un diplôme en informatique. Ma beauté va me donner de l’assurance.”

Le pourcentage de représentations de mannequins de type non-occidental dans la presse féminine et le monde de la mode est inquiétant. En février 2013, 82,7% des mannequins embauchées pour les défilés de la Fashion Week étaient blanches. 9,1% étaient asiatiques, 6% étaient noires. Dans le magazine Grazia par exemple, 94% des mannequins sont blanches, 3% sont d’origine asiatique et seulement 1% sont noires ou métis.

Nous arrivons à la conclusion et, pour écrire un article parlant mais quand même sympathique, j’ai tenté de finir sur une note positive. Seulement, je n’en trouve pas, alors nous allons devoir nous contenter de cela : le bilan est noir et nous ne pouvons avoir confiance qu’en nous mêmes et dans la génération que nous élèverons pour que les choses changent.

D’ici là, tentez d’arrêter d’être trop sévère avec votre corps, vous êtes magnifiques !

Paula Warnier de Wailly

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