La provocation

A celle avec qui je débats.

« Depuis vingt ans, il y a une montée de la présence féminine dans la vie politique. Or, parallèlement, le pouvoir s’évapore du politique. » Eric Zemmour

Aujourd’hui, il faut provoquer pour attirer l’attention. Quelque soit le but : devenir célèbre, vendre un produit, sensibiliser à une cause… Et ça, le monde l’a bien compris. La publicité et ses stars se sont attelées à la tâche.

La provocation, on la connaît bien. Elle est partout. Sur internet, les réseaux sociaux, la télévision, dans les pubs… Dans une société ultra médiatisée, faire entendre sa voix et son message s’avère difficile. Alors comment attirer l’attention d’un public déjà saturé par les affichages dans les transports, les lieux public, les magasins; et les publicités de la presse écrite, de la radio, de la télé, et aujourd’hui, surtout d’internet  ? L’authenticité fait mouche ! Et la provocation est l’arme qui permet d’interpeller. Avec les outils de communications, l’information est très vite relayée. A la plus grande joie du bénéficiaire ! Car la provocation ne laisse jamais indifférent. Elle fait sourire, amuse, agace ou fait réfléchir mais il y aura toujours un retour. Positif ou pas.

Sans foi ni loi

Spécialement dans le domaine de la pub, se démarquer pour survivre est essentiel. Certains en ont même fait leur marque de fabrique. C’est le cas de Benetton qui, dans les années 90, représentait un prêtre et une religieuse échangeant un baiser passionné. La campagne fut même interdite en Italie tant l’image a choquée.

Midi Libre,  “La campagne choc des baisers de Benetton fait scandale”.

La provocation n’a-t-elle donc pas de valeurs ? Non, elle n’en a pas. Et elle n’a pas à en avoir. Elle est rebelle. Irrespectueuse. Insolente. Polémique. La provocation est en avance sur son temps – ou très en retard. Ce qui est provoquant aujourd’hui ne le sera peut-être pas plus tard et pouvait être tout à fait acceptable jadis. C’est un art délicat à utiliser. Oui, un art puisque c’est une façon de s’exprimer. Particulière, je vous l’accorde. Mais qui marche !

Les stars n’hésitent pas à donner de leur personne

La provocation est partout et nulle part en même temps. Même là où on ne la soupçonne pas. Elle est tellement présente qu’on s’y habitue presque. Voire on n’y prête plus attention. Et parfois, une vidéo, une photo, une chanson affole la toile et tout le monde saisit son clavier pour commenter. Des exemples comme ça, il y en a plein. Et la liste des artistes qui se prêtent à ce petit “jeu” est longue. Je décerne la couronne à Miley Cyrus ! Elle nous a montré à de multiples reprises qu’elle excellait en la matière. Il est bien loin le temps d’Hannah Montana où Miley arborait son sourire angélique. Aujourd’hui, la chanteuse entretient une toute autre réputation. Elle préfère tourner nue sur un boulet de pierre en mouvement. C’est tellement plus excitant ! La vidéo a tout de même fait presque 736 millions de vues sur YouTube (à partir de 1’36).

Un record dont la star ne s’est pas remise puisqu’elle continue à avoir des idées toujours plus saugrenues. Comme mettre du vernis à ongle sur son bébé cochon ! Mais on a beau critiquer le manque de pudeur de Miley Cyrus, il faut bien reconnaître qu’elle a réussi à créer un buzz. Buzz qu’on n’est pas près d’oublier ! Mais pourquoi tant de bruit ? Simplement parce que ce n’est pas commun de s’exhiber comme ça sur la toile. Si certaines chanteuses laissent tomber le haut, Miley abandonne aussi le bas. Une originalité que certains condamnent. D’autres s’interrogent. Après tout, le monde n’évolue-t-il pas en partie grâce aux personnes qui se différencient et osent des nouvelles choses ? Sûrement. Aller plus loin que les normes et les conventions est une preuve de modernité. Peut-être aussi d’une touche de folie.

Provoquer, c’est oser. Ce que Lady Gaga sait très bien faire également. Sa robe de viande a marqué les esprits. Celle-ci a même été présentée plusieurs mois à la vue de tous dans… un musée ! Et un barbecue de gâché… En tous cas, sa relève est assurée avec Miley !

Provoquer pour la bonne cause

Campagne publicitaire choc, sensibilisation publique

« Pour les sans-abris, chaque jour est une lutte »

La provocation, c’est choquer. Heurter. Troubler. Faire appel aux sentiments. Pour choquer, il faut perturber les personnes dans ce qui leur tient à cœur. Alors, on appuie sur les valeurs. Et on fait voir aux gens ce qu’ils ne veulent pas voir. On creuse sur les sujets tabous. On les dénigre. On les tourne en ridicule. Toujours pour créer le buzz. Pour gêner. Pour blesser… On provoque aussi par plaisir. Ou parce qu’on se fiche du regard que l’on renvoie. L’image parfaite du « je m’en foutisme de l’avis des autres” est sans doute Karl Lagerfeld. Reconnu pour son tact légendaire: dire « tout ce que je pense et même parfois ce que je ne pense pas ! » D’ailleurs, ces phrases cultes sont réunies dans un livre. On peut notamment y lire: « La haute couture des Américains, c’est souvent la chirurgie esthétique, même très haute, puisqu’il faut tout remonter. » Une spontanéité qui prête à sourire. A condition de ne pas être un américain complètement retouché de partout… Comme quoi, la provocation est tellement subjective !

La provocation, c’est comme la galette… on l’aime quand elle est bien faite. Ceux qui disent qu’elle est superficielle n’ont rien compris. A partir du moment où elle fait le buzz c’est parce qu’il y a quelque chose derrière. Il faut creuser sous la surface. Ce sont les choses les plus pensées qui sont les plus cachées… On retrouve cette puissance dans l’art en général. De la hardiesse d’une œuvre dépend son résultat. Il faut se dépasser. Picasso l’a fait. Et Picasso a réussi. Les sujets qu’il aborde dans ses œuvres sont agressifs. Mais moins que la forme en elle-même ! Picasso fait violence à une réalisation transposée de la réalité. Il déforme. Il défigure. Il reconstruit. Il bouleverse la manière de concevoir le monde.  Mais reste dans la vérité. Bref, il se différencie pour s’exprimer.

 

Les Demoiselles d’Avignon, Pablo Picasso

 

Provoquer, c’est défier. Montrer qu’on est capable. C’est se créer un auditoire. Et ça, Socrate l’avait bien compris. La preuve, on parle encore de lui. Certains appellent même leur chien comme ça ! Un honneur sans doute… Donc la philosophie est une forme de provocation contre la pensée  d’une époque. Provocation qui s’atténue avec le temps.

Je ne dis pas que provoquer c’est bien ou mal. Mais je dis que c’est avant tout la recherche d’un but : obtenir une réponse. Il dépend donc des questions que l’on se pose ou alors à qui on les pose. Vous, qui aimeriez-vous provoquer ?

Hagrid

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