L’après Charlie

Un mois après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, le slogan « Je suis Charlie » a été tweeté plus de 5 millions de fois. Que vous l’ayez affiché en photo de couverture, taggué sur une pancarte, portée fièrement lors de la marche citoyenne ou simplement prononcé afin d’afficher votre soutien, nombre d’entre vous se sont reconnus dans ces trois mots simples, porteurs d’un sens immense. Pourtant, aujourd’hui, une fois le choc passé, que reste-t-il de cet élan citoyen de solidarité ? Où est passé « l’esprit du 11 janvier » ?

Il est certes bien trop tôt pour en faire un bilan ou même une ébauche, et ce n’est pas là mon ambition. Cependant, l’esprit Charlie semble peu à peu se dissipé une fois la première émotion passée. Car oui, il est bien facile de croire que l’on peut changer le monde, abolir l’intolérance et le fanatisme religieux mais il est bien plus difficile d’agir en ce sens. C’est à la jeunesse, qui n’a pourtant pas été biberonnée aux journaux satiriques comme Hara Kiri ou le Canard Enchaîné de faire vivre cet esprit. Certes, vous ne changerez pas la face du monde mais vous y contribuerez car l’esprit Charlie c’est ce ton irrévérencieux teinté d’humour revendiqué « bête et méchant » mais pourtant si juste, qui tend à se perdre au sein d’une jeunesse devenue trop passive et qui craint de s’engager.

Il ne s’agit bien entendu pas d’un appel à la révolte. Mais posez-vous des questions. Interrogez-vous sur le monde dans lequel vous voulez vivre.

Qui n’est pas Charlie ?

Que vous partagiez ou non les opinions politiques de Charlie, incarnation d’une gauche antiraciste, dressée contre toute forme de connerie, les problèmes sociaux qui ont participés à la radicalisation des frères Kouachi et leur complice Amédy Coulibaly ne sont d’aucun bord politique. Le terme « d’apartheid territorial, social et ethnique» employé par Manuel Valls pour décrire la situation française n’est pas anodin et met en avant la fracture sociale qui sclérose aujourd’hui la société française. Un problème franco-français que l’on a tendance à négliger au profit d’explications géopolitiques internationales centrées autour des conflits israélo-palestinien et syrien qui apparaissent impossibles à résoudre. Ces facteurs sont évidemment à prendre en compte mais les conditions économiques et sociales de certains quartiers, victimes d’une réelle ségrégation sociale et spatiale, participe à la radicalisation d’un nombre croissant de jeunes en perdition.

On est alors amené à se demander où sont passées les valeurs d’égalité qui fondent la société française, face à un modèle social à bout de souffle où les inégalités ne cessent de se creuser.  Alors, bien sûr, on ne vous demande pas de pondre une réforme d’urbanisme digne d’un (bon) ministre de la ville mais simplement de voir plus loin que les discours, flirtant avec le ridicule, qui surfent sur une vague ultra-sécuritaire, aux antipodes de « l’esprit Charlie ».  Plutôt que de s’insurger contre l’infime partie de « jeunes de banlieue » qui auraient refusé de respecter la minute de silence en l’honneur des victimes, il est aujourd’hui grand temps pour l’ensemble de la société de  chercher à comprendre ce qui mène ces jeunes à se révolter contre le système et les valeurs françaises. L’éducation et l’emploi  sont alors les clés afin de désenclaver ces zones « d’éducation prioritaire » ou « urbaines sensibles » où s’entassent des familles entières, que le modèle social français ne cherche même plus à intégrer. Vous me répondrez donc sûrement que vous ne pouvez rien y faire, que ce n’est pas votre faute, que ce n’est pas à vous de faire changer les choses. C’est là que vous vous trompez ! Pour que ces 17 hommes et femmes ne soient pas morts pour rien, il faut maintenant sortir de la spirale de radicalisation dans laquelle la France s’est engagée depuis quelques années et dont témoigne la dédiabolisation inquiétante du FN et la montée des inquiétudes face à une supposée islamisation de la société. Et pour lutter contre cela, les jeunes sont assurément les mieux placés, cette fois. Soyez Charlie.

Marion Russell


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Vendredi 13 novembre 2015

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