Big Hero 6, ou « Les Nouveaux Héros » qui crèvent l’écran

 

Si je vous dis Disney, forcément vous allez penser aux films d’animation avec ces nombreuses princesses et autres héros/comic relief au grand cœur qui ont bercé votre enfance, vous allez avoir en tête la mélodie de “Sous L’océan”, “Ce Rêve Bleu” ou encore “Histoire Éternelle” lorsque vous allez lire ces lignes (ne me remerciez pas), ou les plus terre-à-terre d’entre vous penseront plutôt  au fait que “Disney c’est pour les enfants” ou que “Disney c’était mieux avant, maintenant ce n’est que pour le pognon”; ET vous avez raison, tous… plus ou moins. Car aujourd’hui sort “Les Nouveaux Héros” (enfin je vais surtout l’appeler par son titre original, Big Hero 6, car je l’ai vu en VO et parce que franchement, les distributeurs français, vous trouvez ça aguicheur comme nom ?). Et, contrairement à un CERTAIN film sorti l’an dernier qui était COMPLÈTEMENT SURESTIMÉ *ahem lareinedesneiges ahem*, celui-ci envoie une claque ! Enfin un film qui montre que Disney a ce désir de changement et de s’attaquer à d’autres genres, enfin un qui se veut fun et… Différent ?! (“Blasphème !” crieraient les ”fans”). Parce que oui, le changement c’est bien.

 

Big Hero 6 est une réalisation de Don Hall (La Princesse et la Grenouille, Kuzco) et de Chris Willliams II (Volt) et avec les voix françaises de Kyan Khojandi (Bref.), Céline Ronte (Le Tableau) et Elisabeth Ventura, connue dans le domaine du doublage (Rio 2, Les Ours Coca-cola le film, voix officielle de Rebecca Hall). Hiro Hamada, petit génie de l’informatique, va tenter de faire échouer un complot criminel menaçant de détruire la ville avec l’aide de ses compagnons qu’il transforme en justiciers High-tech (les “Nouveaux Héros” quoi… *badoom tsiii*) et de Baymax, le robot infirmier de son défunt frère Tadashi.

 

San Fransokyo

Déjà la promesse est super intéressante; une adaptation d’un Marvel vieux de 20 ans et inconnu du grand publique, qui respecte les caractéristiques d’un film de super-héros… MAIS,  qui se permet des délires et des libertés sur l’œuvre originale, comme la création de la ville de San Fransokyo. Ajoutez à ça le savoir-faire des studios avec des avancés technologiques sur l’animation, 1min30 au four et c’est prêt. Les décors sont magnifiques, regardez plus haut le concept art et osez me dire que c’est moche. L’animation est d’une beauté et d’une minutie incroyable avec notamment des scènes d’action qui sont à des proportions gargantuesques, du jamais-vu auparavant de la part de la souris. Moi qui veux travailler dans le domaine je suis aux anges. Les gags font mouche, l’intrigue, certes, prend un peu de temps pour arriver mais reste bien écrite, tout comme ces personnages qui non seulement sont très attachants même avec peu de dialogue mais qui en plus sortent des chartes graphiques.

Ce qui peut être reproché au film, et j’admets chipoter un peu, c’est le développement des personnages. Quelques uns d’entre eux sont expédiés (Fred par exemple) et certaines réactions ne vont pas vraiment avec leurs personnalités, comme si les scénaristes faisaient « switcher le bouton ON/OFF » c’est-à-dire aller d’un opposé à un autre. Wasabi le Black méticuleux, prudent et assez anxieux du danger qui l’entoure ? Hop! en une scène il se débrouille sans problème avec son arme pour aller zigouiller du méchant… La musique, elle, accompagne bien les scènes, mais sans plus. Remarque : quand on a un thème principal comme Immortals de Fall Out Boy, il ne faut pas s’étonner qu’en comparaison les autres sons semblent banales.

 

 

Mais surtout, et c’est LÀ que Big Hero 6 se démarque des autres, c’est au niveau de ses thématiques et de ses relations entre personnages que le film décolle. Même si ça ne se fait pas, je vais le comparer à La Reine des Neiges justement, histoire que vous voyez la différence. Le Disney oscarisé est réputé pour son traitement de la relation entre les deux sœurs très bien développé, avec des personnages matures. Toutefois, et sans doute par peur de perdre leur public, ces personnages restent des Barbies et des clichés sur pattes, sauf peut-être pour celui d »Elsa, car ils voulaient créer une héroïne tragique et dramatique. Et c’est là que ça coince… Elsa est loin de l’être ! Elle fait juste preuve d’immaturité en fuyant ses responsabilités de reine. Ce jusqu’à mettre en danger Anna, sa sœur, “qu’elle aime tant” et une population entière ! De plus il y avait un semblant de complicité entre Anna et Elsa quand elles étaient petites mais au final, en grandissant, elles agissent plus comme des étrangères que comme des véritables sœurs et amies ! Quel est le message aux jeunes ? “Faites ce que vous voulez et f*** les autres et les circonstances de vos actes”? “L’amour c’est bien c’est beau ça guérit tout” ?!

Contrairement à elles, Tadashi et Hiro partagent une véritable complicité; le grand frère fait la moral au petit frère, ils se taquinent, ils se disputent… Et surtout, le grand frère protège son petit frère. On retrouve là une relation plus crédible. Et ce n’est pas parce qu’on est dans un univers fantastique que ça excuse la prise de risque d’Elsa ! Attention spoiler (mais c’est dans la bande-annonce donc) : quand Tadashi meurt, Hiro n’a RÉELLEMENT plus de repères. C’est en l’absence de l’autre que l’on se rend compte qu’on a vraiment besoin de lui. Un adolescent de 14 ans doit faire face à la vie et à ses hormones seul, et à part sa tante il n’a plus de famille. Plus de figure semi paternelle pour le conseiller et le protéger comme lorsque leurs parents étaient décédés, plus de meilleur ami pour le soutenir, plus de grand frère pour exemple. Hiro adorait Tadashi, et c’est au travers de Baymax qu’il va retrouver tout ça. Aucun Disney à ma connaissance n’a réussi à aussi bien aborder les thèmes de la dépression, de la mort d’un proche (pas en tant que cliché, genre “si tu es un parent dans un film Disney t’es forcément mort” mais en tant qu’ étape dans la vie d’un homme), de la vengeance et de notre relation avec autrui. Ça montre aux plus jeunes que la mort est inévitable, même pour les meilleurs personnes qui soient, mais venger leurs morts parce qu’on trouve ça injuste ne sert à rien. Il faut savoir l’accepter. On peut toujours, au travers de mentors, au travers de personnes qui nous écoutent et qui nous aiment, sortir du noir et en sortir la tête haute. Les scénaristes sont allés loin, ils ont prit le risque de perdre leur public cible. Risque payant.

 

 

Pour conclure, Big Hero 6 est une bouffée d’air frais dans ces vieux studios poussiéreux et salis par leur réputation passée. Une prise de risque qui en valait la peine, “I am satisfied with my care” (je suis satisfaite de mes soins).

Tic

 

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