mars 31

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Le Dormeur

On lui avait ouvert les rideaux. Un rayon de lumière pure s’étala lentement sur son drap blanc. Il avait demandé une chambre avec vue sur le parc, loin des remouds du bâtiment principal. Maintenant, on lui apportait son petit déjeuner. C’était une jeune femme blonde, habillée en blanc qui venait de faire irruption dans la pièce. C’était drôle, ici on s’occupait particulièrement bien de lui et des jeunes gens veillaient constamment à son confort. Aujourd’hui, il avait eu un jus de cassis, il en déduit que l’on était mercredi. La fille s’en alla en silence.

 

La chambre tout entière était pure. Les murs et les draps blancs reflétaient les rayons de mai. Au dehors, la tranquillité. Au milieu d’une pelouse entretenue, miroitait un petit étang calme, bordé de pierres au style japonais. Un petit pont rouge en bois entretenait aussi l’atmosphère de méditation. En effet, le parc sur lequel donnait la fenêtre était un espace assez restreint mais soigné de telle sorte qu’il dégageait une impression d’authenticité. Les fleurs et les oiseaux suffisaient à le rendre vivant et léger. Il aurait presque pu inspirer les peintres. Rien n’y semblait pouvoir vous perturber l’esprit ou déranger votre repos. Un endroit ou seuls vos sens et vos rêves vous portaient vers de lointains pays. Le décors y paraissait arrangés comme pour vous éloigner du réel. L’homme allongé sur son lit, la tête soutenue par une pyramide d’oreillers contemplait le spectacle. Sans pouvoir vraiment saisir chaque détail, il percevait cependant un effet d’ensemble harmonieux. Simplement beau.

 

L’odeur du pain encore chaud le ramena à de plus banales préoccupations. Nonchalamment, il tendit le bras vers le plateau de plastique posé à son chevet et l’installa sur ses cuisses. Il avait relevé sa couverture jusqu’à la taille en guise de serviette. La chambre si simple, si vide ne procurait aucune distraction à son regard. Alors, il mangea machinalement, sans prêter aucune attention ni au goût ni à rien d’autre. Il mâchait lentement, comme s’il s’agissait d’un effort ultime, nécessaire mais dénué de toute volonté. Tout dans son attitude avait adopté la lenteur de son environnement. Son regard semblait perdu dans le lointain du dehors, ses jambes comme clouées au lit de fer, son bras gauche était ballant et sans expression alors que son bras droit  faisait mécaniquement la navette entre le plateau et sa bouche. Depuis dix minutes il n’avait entendu aucun bruit, aucune autre rumeur que le chant des oiseaux. Il fut pris de lassitude et sombra dans une autre dimension, sans savoir vraiment s’il était encore conscient.

 

Dans son rêve, il entendait un bruit au timbre uniforme et répété. C’était une note vague qui semblait venir de très loin, de sous son crâne. Puis, son sommeil devint plus profond et la note s’effaça pour laisser place à un paysage semblable au petit parc en bas de sa fenêtre. Seulement maintenant il s’y promenait. Il entendait une foule de voix, qui au premier abord paraissaient humaines par leur son, pourtant, à chaque fois qu’il essayait d’en saisir les paroles elles s’éloignaient et devenaient une sorte de légère mélodie. Peu à peu, un sentiment d’angoisse l’envahit. Il avait de plus en plus l’impression que l’univers dans lequel il se trouvait n’était pas réel. Il était prisonnier d’un rêve dans son rêve, perdu, tout tournait autour de lui, il ne contrôlait plus rien, des forces supérieures s’étaient infiltrées dans son esprit. Des flammes, il avait chaud. Tout à coup, Il sentit une piqûre dans son bras gauche. Il tressaillit de ce premier choc. Peu après, une décharge d’une rare violence l’ébranla tout entier et il reprit connaissance.


Il mit du temps à reprendre ses esprits. Des visages étaient penchés autour de lui. Il avait vraiment mal dans le creux de son coude gauche, mais ne pouvait pas regarder. On l’avait immobilisé. Lentement, il retrouva l’usage de ses sens. Alors qu’il commençait à se sentir mieux, on lui demanda de se rendormir. Il se rendormit.

J. de M.

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