Le 21ème siècle sous l’oeil des photographes

Depuis l’invention de la photographie, le photographe est à l’affût d’une part de réel. Soucieux de capturer un petit bout de vrai, de fixer dans les esprits un moment qui aurait pu disparaître trop vite, de rendre immortel un souvenir qui deviendrait terne. Le photographe a l’œil aguerri. Le regard avisé. Il ne cherche pas à enclencher pour entrer dans la postérité. Il se satisfait d’un haussement de sourcil, d’un sourire en coin, d’un regard qui devient pétillant.  Il vit derrière le viseur, il cherche à emprisonner dans une boîte un fragment de temps, un tourbillon d’odeur ou une ambiance particulière. Il joue avec le tableau qui s’étale sous ses yeux, bouge, vise, compose, déclenche. Il dispose d’un terrain de jeu qui, mêlé à son audace, à sa volonté, à sa composition, va pouvoir devenir  cliché, devenir papier et être parcouru par des dizaines, des centaines, des milliers d’yeux.

Un seul boîtier change son regard, sa façon de penser, de voir le monde. C’est à lui d’entrer en communion avec le monde, avec le réel. A lui d’embellir ce qu’il voit, avec un appareil et sa personne, à lui appartient la possibilité de modifier le vrai, de choisir qui montrer, quoi montrer et comment le montrer. Il façonne le réel, joue avec le vrai.  Et devient miroir de la société instable du XXIème siècle.

Martin Parr : le sociologue moderne

MARTIN-PAAR

Pour beaucoup, le travail de Martin Parr dérange (lien uniquement accessible aux abonnés). « Trop kitsch », « provocateur », « sans but »… les mauvaises langues s’en donnent à cœur joie. Pour la prestigieuse agence Magnum avec qui Martin Parr collabore, le photographe est un joyau de sa génération.

Un travail d’analyse s’impose donc pour découvrir les pourquoi de clichés qui peuvent apparaître comme de simples photos de vacances flashys.

Prenez un des clichés de Parr,  un des clichés qui tapent à l’œil avec leurs couleurs acidulées, par exemple celui, plus ou moins célèbre, qui représente des touristes et leur séance photo devant la tour de Pise.

Ce qui saute aux yeux quand on pose un regard sur une photographie de cet anglais (un peu particulier nous sommes d’accord, mais il est anglais…) c’est la couleur, l’humour et… le ridicule.

Et c’est précisément le but du photographe. Il le dit lui-même : le fil rouge de son travail, c’est la chronique sociale.

Véritable anthropologue, Martin Parr dissèque donc les comportements humains, à travers des photos aux couleurs vives et des cadrages originaux. Ce qui fascine ce photographe, ce n’est pas la pauvreté ou la recherche du beau, mais le quotidien, le banal et l’ordinaire. Ce qu’il veut faire, à travers des clichés de mythiques chaussettes-sandales ou de portraits en gros plans. Et chaque détail semble être fait pour nous plonger dans la vie de l’anglais moyen. Mais pas que. En rendant absurde une situation banale, le photographe veut refléter l’absurdité d’une société qui ne jure que par la consommation de masse et pointer le ridicule du M. tout le monde. Et tant qu’on y est, démocratiser la photographie au maximum pour la rendre accessible.

Finalement, en reflétant la réalité, en photographiant des femmes obèses ou des riches qui s’ennuient, Parr caricature les codes de la publicité et le diktat de la beauté. Que ça choque et/ou que ça plaise, Martin Parr est un véritable savant de l’âme humaine ! Maître dans l’art de prendre des photos qui choquent, qui font rire ou qui mettent mal à l’aise. Ces prises ne doivent pas grand chose au hasard. Le message qu’elles véhiculent est voulu et bien réel.

“Parr tend un miroir devant le centre commercial à la lumière fluorescente qu’est devenu notre monde… mais il ne se cache pas de son propre reflet” se plaisent à dire les journalistes. Une phrase qui résume à la fois l’état actuel du monde et la mentalité du photographe.

Et pour les curieux qui voudraient shooter comme Martin Parr, ayez en tête le conseil qu’il a le plus souvent à la bouche “trouvez l’extraordinaire dans l’ordinaire”. Inspirant et intelligent.

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Pour aller plus loin:

PhotoTrend

Lense

Martin Parr

Yann Arthus Bertrand, les photos de là-haut

Yann Arthus Bertrand est né en 1946 à Paris. Sorti en 2009, son film-reportage, Home, a fait voir à des milliers de spectateurs la Terre d’en haut. Attendez, vous pensez que les photographies d’Arthus Bertrand sont de simples images aériennes, des paysages époustouflants dénudés de message ?

Détrompez-vous. Arthus Bertrand, qui se découvre très jeune une vocation de pilote de montgolfière, est tombé dans la marmite de la photo aérienne pour ne plus en sortir. La soixantaine bientôt dépassée, il publie toujours des paysages aériens qui ressortent avec majesté sur papier glacé.

En déclenchant du ciel, Yann Arthus Bertrand photographie non seulement notre planète mais ce que nous en faisons, comment nous l’habitons et comment nous la détruisons. Son objectif n’est pas de voir ses photographies affichées dans les salles de SVT des collèges (d’ailleurs personne n’a envie d’y rester très longtemps) mais de prouver au monde que la planète est d’une richesse inestimable. “Je cherche à susciter une émotion qui donnera envie de s’intéresser aux enjeux de la photographie”.

Ainsi, Arthus Bertrand a révélé que la fée électricité était étrangement absente en Afrique, que l’eau ne coulait pas à flot aux 4 coins de la planète, et que la forêt était un espace à préserver. Le proverbe “une image vaut mieux que mille mots” lui va donc comme un gant : un discours écologiste, si pertinent qu’il soit, va sans doute laisser des dizaines d’entre vous indifférents. Quand une image qui reflète la fragile beauté d’une canopée va, elle, peut-être inconsciemment, provoquer une émotion, au mieux un sentiment de révolte qui éveillera la part d’écologiste que nous avons en chacun de nous. Notre planète est belle, fragile et à protéger, et ça, c’est un message aussi important que tous les autres. Un message qui se suffit à lui-même.

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Pour tout savoir :

Fondation GoodPlanet

yannarthusbertrand.org

atelieryannarthusbertrand.com

Alex Stoddard : un univers précieux

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A l’heure où se masser derrière l’écran d’un téléphone et arborer son plus beau “Colgate smile” dans l’unique but de capturer le selfie parfait est devenu la coqueluche d’une jeune génération qui baigne dans le diktat de la beauté, certains ont laissé tomber leurs perches pour relever un défi autrement plus complexe.

Alex Stoddard, 18 ans et beaucoup de talent, s’est donné un but : poster un autoportrait par jour sur Flickr. Un an après, le challenge est relevé, et la boite mail du jeune photographe déborde de propositions alléchantes.

Poser nu dans la boue, se tenir stoïque sous des trombes d’eau, prendre la pose dans le bois derrière la maison… L’originalité des photos impressionne autant que la maturité du jeune homme qui, au terme de son projet, se confie:  “Je ne me suis jamais senti aussi heureux. J’ai trouvé un but, un fil à suivre”.

La 365ème photo postée,  Alex a tout le temps de revenir sur son expérience. “Je dormais très peu, mon but était de faire une photo encore meilleure que la précédente. Le projet m’a apporté bien plus que tout ce que j’ai entrepris jusqu’à maintenant”. Et quand on lui parle de ses inspirations, la réponse est laconique “je me sers de tout ce qui me passe par la tête, de paroles de chansons, de souvenirs…”.

Et Alex Stoddard n’en est pas resté là. En collaboration avec les plus grandes galeries d’art des États-Unis et du monde, il continue de créer un monde de contes noirs et glaçants et capture la fragilité de l’expérience humaine. Son matériel ? Le réel, un boîtier performant, le bois de derrière sa maison de Géorgie et ses parents qui lui servent d’assistant, toujours prêts à enclencher ou à renverser un sceau d’eau sur leur fils.

De ses envies et de son monde à lui, Alex Stoddard a créé un univers qui lui est propre, qui transporte et qui touche. Un constat qui motive. “Il n’y a pas d’âge pour faire de grandes choses”, Alex le prouve. Dégoûtant ?

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Pour ne louper aucun jour :

Son Flickr

Seamless

Gentside

Sur la route de Mike Brodie

Photographier, c’est à la portée de tous. Enclencher pour témoigner d’une période ou d’un état d’esprit, c’est un simple choix qui, allié avec une bonne dose de talent peut changer une vie, et des millions de points de vue sur un petit bout du monde, sur un sujet ou une utopie.

Mike Brodie avait 17 ans et la belle vie en Floride quand il a décidé de tout lâcher pour vivre une vie de bohème, une aventure “pas train-train”, avec un Polaroïd emprunté par hasard. Pendant des années, Mike a sillonné l’Amérique de rame en rame, côtoyant la misère, l’adrénaline du voyage et tous les dangers. Tout quitter. Partir c’est réaliser un rêve, vivre une aventure qui peut s’avérer très dure. Mais cette vie, Mike l’a choisie. Après 80 000 km parcourus, Mike Brodie publie ses photos, qui apparaissent comme un doigt d’honneur à la société américaine. Comme une petite part de liberté.

Un point historique s’impose ici pour comprendre le pourquoi de cette tradition obsédante : goûter à la liberté et à l’inconnu en voyageant par les rails. Alors qu’en 1930, la crise économique ravage les États-Unis, de jeunes chômeurs parcouraient leur pays à la recherche de travail : ce sont les hobos, des clochards qui sont désormais connus dans toute l’Amérique.

Aujourd’hui encore, des jeunes en quête de liberté lâchent tout pour partir en voyage initiatique. Pendant le sien, Mike a pris des photos, faisant preuve d’un talent exceptionnel.

… Un jeune homme qui observe un train de marchandise depuis une route sur laquelle passe une voiture de luxe. Cette image reflète le contraste entre deux Amériques. Les paysages d’été à bord d’un train sont un petit bout d’adrénaline, et la misère de deux jeunes hommes, guitare à la main et cambouis sur la figure est miroir de la dangerosité et de l’audace d’une culture adolescente.

Mike Brodie, aujourd’hui adulte “responsable” et mécanicien de profession, reste fier de ses clichés. Des photos qui montrent que d’un périple peuvent naître des photos originales, variées et époustouflantes. Des photos qui nous interrogent sur la définition de la vraie vie, loin des fauteuils épais et des jeunes milliardaires new-yorkais. Le talent avec lequel il capture une aventure est déroutant.

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On le retrouve là :

Dans Télérama

La MEP

Dans 6 Mois 

Chez Mike Brodie

François Dourlen : le créateur de drôle

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Il y a des idées qu’on a un jour et qui deviennent un véritable projet. Celle de François Dourlen a suscité l’admiration de nombreux spectateurs, permis de créer un compte Instagram populaire et d’éditer de nombreux articles qui ne tarissent pas d’éloges sur sa manière de déclencher. Un an plus tôt, François a l’idée (toute bête, mais il fallait y penser) de combiner une image sur son portable avec un fond réel. Le résultat ?

De véritables mises en scène, une réalité embellie et de l’humour comme on l’aime, mélangé à une pincée de références (de Disney aux classiques du cinéma américain en passant par la bande dessinée) et cette belle idée qu’on regrette de ne pas avoir eu plus tôt, tant les photos paraissent vraies et ne manquent pas de faire sourire. En quelques mois, François, 30 ans et prof à Cherbourg, dont la vie n’est pas si passionnante et le matériel pas si perfectionné, devient une star sur les réseaux sociaux. Sa page Facebook, Les Photos De François, simple et originale, a le soutien de plus de 40000 personnes aujourd’hui, toujours épatées par l’originalité et la fraîcheur des clichés que le jeune prof qualifie “d’associations d’idées mises en image”.

François le dit lui-même : la seule limite, c’est son imagination. Une belle leçon d’optimisme : avec un peu d’imagination et de volonté, on peut embellir le tableau morne qui s’étale sous nos yeux, le transformer,  le rendre plus beau et le faire partager. Marrant.

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D’autres images :

L’illusionniste du smartphone

Son Twitter

Marie Dougnac

A lire également :

Le diktat de la beauté au 21ème siècle

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