Paris

  Paris, depuis longtemps déjà j’avais envie de t’écrire. Je suis née en ton sein un matin de novembre 96 car maman y tenait. Ton quinzième arrondissement accueillait déjà ma famille entre les murs de la Maternité Sainte Félicité, pas de raison, selon maman, qu’il n’en soit pas de même pour moi. Nous sommes repartis, alors que je n’avais que quelques jours pour Bonn, ex-capitale de la RFA, en Allemagne. Ma famille y habitait depuis déjà deux ans. Je le sais, notre première rencontre fut brève.

Paris, mes parents m’ont transmis l’amour qu’ils ressentaient déjà pour toi. Ma mère a grandit dans le XVIIème arrondissement, tandis que papa vivait dans le Xème. Aujourd’hui, tu as fait du quartier des Batignolles un petit paradis « chicounet », comme se plaît à répéter ma grand-mère, alors que le Xème, que je connais surtout du côté de Château d’Eau, abrite un petit monde cosmopolite, entre coiffeurs africains et bars branchés.

Paris, ta place Gambetta ne me rappelle que des souvenirs heureux. Mes grands-parents paternels ont acheté il y a presque trente ans un appartement rue Pelleport. Assise à la petite table de leur balcon, j’adore observer les voisins, pendant que mon grand-père me loue les charmes du jardin en contrebas. J’adore la mairie du XXème, le Mac Do en face et les cafés tout autour de la fontaine. Là, des personnes se retrouvent pour rire, bavarder, boire, fumer, philosopher. Je ne pensais pas à notre liberté avant le 7 janvier. Mais Paris, n’oublie pas que tu fais de nous des êtres libres.

Paris, il faut que je reprenne ton métro, avec lequel, pour être honnête, j’entretiens une relation compliquée. Dans mes mauvais jours je peste contre les wagons bondés, l’odeur de pisse, la lumière qui ternit encore davantage les visages. Le reste du temps, j’ai le sourire aux lèvres, surtout quand je suis sur la 6, ligne presque entièrement aérienne. Je souris aussi bêtement quand je vois quelqu‘un sourire. Je souris en observant la vue sur tes bâtiments. Je souris devant une publicité stupide (celle pour le casino Barrière d’Enghien les Bains est absurde…)

Paris, mes amis t’aiment eux aussi. Ma meilleure amie, la plus ancienne, vit dans le XVIème. La veille des attentats, alors qu’on se retrouvait autour d’un verre sur sa terrasse, je pensais en regardant au loin la Tour Eiffel que nous étions chanceux. Chanceux de vivre là, avec toi. Tu es ronde, rassurante, familière. Tu es, comme je l’ai déjà entendu dans un texte de rap, notre « mère adoptive ».

Paris, maintenant, je vis dans le XVème. Retour à la case départ. J’adore marcher dans la rue du Commerce, remonter vers Vaugirard, continuer jusqu’à Pasteur pour arriver ensuite à Montparnasse. Le XIVème est représentatif pour mes amis de virées nocturnes alors qu’on était encore au lycée, des trains directs depuis Versailles Chantiers, des galères pour rentrer. De la flemme, et de la pluie qui nous pousse à nous installer au Café Montparnasse, ou, plus haut, au Tournesol.

Paris, tous les matins, je traverse ta rive gauche pour arriver à la Sorbonne Nouvelle. C’est là, à Censier-Daubenton, que j’étudie les Lettres Modernes. Tu es mère de la culture. Le Vème arrondissement est mythique. Il abrite sur sa petite superficie la Sorbonne, l’université Pierre et Marie Curie, la Grande Mosquée de Paris, l’Institut du Monde Arabe, le lycée Henri IV, l’Ecole Normale Supérieure et le Collège de France pour ne citer qu’eux. Je le disais : mythique. Tu attires les étudiants du monde entier. A la fac, mes amies (il n’y a que des filles) sont égyptiennes, roumaines, britanniques ou italiennes.

Paris, je voudrais pour terminer te parler de ton XVIIIème arrondissement. Mon frère vit à Porte de Clignancourt avec sa copine. Ils nous parlent des fumeurs de shit du café pas loin qui côtoient les bobos fréquentant La REcyclerie (je vous conseille leurs brunchs). A la Fourche se trouve l’appart d’une amie. Elle a quitté son Saint-Brieuc natal pour venir étudier ici. Elle adore faire son jogging l’été à la Butte Montmartre, au lever du soleil, encore vide de touriste. Nous te prenons tous en photo, et tu sembles accepter avec plaisir, consciente de ta photogénie.

Paris, tu es belle, inspirante. Tu es source de surprises. Je n’ai jamais rencontré de parisien lassé, fatigué de toi.

Tu es notre ville Lumière, il y aurait tant d’autres choses à écrire.

Autant de paragraphes que de quartiers, autant de lignes que de rues, autant de mots que de numéros… Et je ne veux pas te quitter ! Alors je ne te quitte pas, tu es avec moi en images, je suis avec toi en musique…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

… Voici une petite playlist RAP ! Tous les artistes y clament leur amour pour Paris, à leur manière. Je suis amoureuse de ces sons, écoutez-les, réécoutez-les, prenez le temps de les comprendre et de les apprécier. Je vous conseille également l’album Bleu Noir de Georgio, et plus particulièrement le titre 6 avril 93. L’album Juste moi-même de Drag One est dingue aussi (dispo sur iTunes). Bonne écoute !

 » À ceux qui voguèrent sur le navire

Battus par les flots, mais ne sombrent pas

À ceux qui voguèrent sur le navire

On chavire, mais jamais ne s’enfoncera

Vos guerres, nos morts, vos guerres, nos morts

À ceux qui voguèrent sur le navire

Votre souvenir, jamais ne s’estompera »

Jazzy Bazz, Fluctuat Nec Mergitur

Camille Asquin

 

Lire également :

Vendredi 13 novembre 2015

Les réactions aux attentats

Lettre à Paris.com

 

Publicités